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 Combat éternel

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MessageSujet: Re: Combat éternel   Dim 15 Juin - 12:24

Chapitre 26 : Une Dryade

Le Chasseur de Démons dormit si bien qu'il n'eut même pas l'occasion de réveiller la Dryade pour qu'elle prenne sa place, de toute façon il ne l'aurait pas fait. Le lendemain Hianossa, Avenory et Minael le réveillèrent en échangeant des propos mélioratifs sur son apparence physique. Lorsqu'il eut ouvert les yeux, il constata que les trois responsables de son réveil se tenaient à ses pieds, accroupies et dès qu'elles virent que le Chasseur de Démons était réveillé, elles prirent la poudre d'escampette sans faire de bruit. Kanilova se leva en prenant garde de ne pas réveiller Dyora, qui semblait encore dormir profondément, puis suivit sur la pointe des pieds les trois filles de Cenarius. En arrivant au palier de l'escalier, il vit Minael, qui paraissait être la plus jeune et la plus jolie fermer la porte. Un sourire aux lèvres il descendit l'escalier, puis ouvrit la porte du salon. Là, il trouva Hianossa et Avenory en train de pousser la cadette vers l'avant en lui tenant les bras, malgré la forte résistance de celle-ci.

- Allez, petite sœur, lance-toi !

- Mais non, lâchez-moi !

- Vas-y, tu verras, c'est pas dur, fit en riant Hianossa.

- Mais de quoi parlez-vous, demanda un Chasseur de Démons tout étonné.

Il apparut clairement que c'était la question que Hianossa et Avenory voulaient qu'il pose, et que c'était précisément à cette question que Minael ne voulait pas que l'on réponde.

- Si vous dites quoi que ce soit, les filles, je vous tue !

- Empêche-la de parler, fit Hianossa à l'adresse d'Avenory.

Cette dernière plaqua sa main sur la bouche de sa sœur cadette qui manifesta son opposition par des regards indignés.

- En fait, fit malicieusement Hianossa, notre petite sœur nous a avoué quelque chose hier soir, et elle ne veut pas que tu le saches !

Minael tourna la tête vers Kanilova et lui adressa un regard suppliant.

- De quoi s'agit-il ?

- Eh bien, je crois bien que …

A ce moment, Minael parvint à libérer un de ses bras et avec ce dernier elle empêcha Hianossa de dévoiler ce qu'elle avait révélé la veille. Ce fut donc Avenory qui prit la relève :

- Elle nous a dit qu'elle avait un faible pour toi !

A ces mots, Minael tomba à genoux, et lâcha d'un air de profond remord et de tristesse :

- Oui c'est vrai. Mais, dit-elle en levant des yeux pleins de larmes et de reproches, ça ne vous obligeait pas à le lui dire !!

Ses deux sœurs se regardèrent, et présentèrent leurs excuses à Minael, sous le regard ému du Chasseur de Démons. A ce moment Dyora entra, et dès qu'elle aperçut Minael à genoux en train de pleurer doucement, elle s'approcha de sa petite sœur pour sécher ses larmes. L'aînée des Dryades apostropha les deux autres :

- Qu'est-ce que vous lui avez fait ? Pourquoi est-ce qu'elle pleure comme ça ?

Nulle réponse ne sortit de la bouche d'Hianossa et d'Avenory. Dyora se tourna vers Kanilova. Celui-ci se sentit obligé de répondre :

- Euh … Quand je me suis réveillé, elles étaient toutes les trois près de moi, et dès qu'elles ont vu que je ne dormais plus, elle sont venues ici, et moi je les ai suivies. Au moment où je suis arrivé, elles tenaient les bras de Minael et puis elle m'ont dit que …

Il s'interrompit, non pas parce qu'Hianossa et Avenory semblaient vouloir à tout prix qu'il n'en dise pas plus, mais parce que Minael l'observait intensément de ses yeux verts. Il reprit néanmoins :

- Elle m'ont dit que Minael leur avait avoué la veille qu'elle avait un faible pour moi.

A ces mots, Dyora se releva, les yeux remplis de colère.

- Non mais qu'est-ce qui vous prend ? Ca va pas dans vot'tête ou quoi ?

Son visage avait perdu toute trace de la gaieté presque enfantine qui caractérisait les Dryades.

- Excuse, fit Avenory en baissant la tête, on voulait juste plaisanter …

- QUOI ? PLAISANTER ? VOUS VOUS FOUTEZ DE MOI, hurla Dyora d'une voix qui ne lui ressemblait plus, QUE JE VOUS PRENNE ENCORE A FAIRE QUELQUE CHOSE DU MEME GENRE ET CECI PARAITRA COMME UNE CHATOUILLE COMPARE A CE QUE JE VOUS FERAI !!

Elle invoqua alors des Sarments sur Hianossa et Avenory, et ensuite, le visage fermé et dur, elle fit sortir de terre d'autres racines encore et encore sous le regard effrayé de Kanilova et de Minael, qui entourèrent et étouffèrent les deux Dryades.

- Dyora, articula l'une d'elles, arrête s'il te plaît ! Laisse-nous !

- Oui, argh … Nous n'allons … quand même pas nous battre, fit difficilement l'autre, pour ça !

Dyora reprit par degré un visage serein, et fit rentrer les Sarments sous terre. Hianossa et Avenory massèrent avec des grimaces leurs corps endoloris et quelquefois blessés par les épines des racines.

- Ouf, c'est que tu fais mal, quand tu t'y mets, soeurette !

- Vous l'avez mérité, fit alors Minael.

-Mais on voulait juste plaisanter …

- Et vous trouvez que c'est une plaisanterie, ça ?

- Ca va, ça va, c'est bon, on se calme. Pas besoin de s'énerver plus que ça, interrompit Kanilova.

Les quatre Dryades firent un énorme effort sur elles-même pour se calmer. Hianossa et Avenory sortirent de la pièce, et Dyora les suivit en disant :

- Il faut que j'aille m'occuper de notre jardin.

Le Chasseur de Démons se retrouva donc seul avec Minael. Cette dernière était comme prostrée, près d'un siège, où elle continuait à pleurer, ses mains cachant son visage. Kanilova hésita un instant entre rester et la consoler, ou sortir et s'en vouloir. Sortir était plus simple, mais la Dryade semblait tellement triste …

- Est-ce que. … Est-ce que ça va ?

Kanilova n'avait jamais été très doué pour réconforter les gens. Surtout pour les consoler.

Minael releva lentement la tête, le visage couvert de larmes.

- Ou … Oui. Ca va aller.

- Tu es sûre ?

- Je …. Non !!

Minael recommença à pleurer, comme si elle n'allait plus jamais s'arrêter. Kanilova, qui n'était pas un expert pour réconforter les gens, crut bien faire en disant :

-Allez, arrête de pleurer, ça n'en vaut pas la peine, ce n'est pas si grave !

- Si, c'est grave ! Tu ne peux pas savoir ! Laisse-moi !

Le Chasseur de Démons, tout étonné, toucha de sa main l'épaule frêle de la Dryade en lui demandant :

- En quoi est-ce que cela peut être grave ?

- Je ne … Je ne voulais pas que tu le saches.

- Ah … Mais pourquoi ?

- Parce que je sais que tu ne m'aimes pas.

Elle venait de mettre le doit dessus. Evidemment, Kanilova ne l'aimait pas. Tout au plus éprouvait-il pour elle de la sympathie, voire un peu d'affection, mais cela n'allait pas plus loin.

- Comment … Comment le sais-tu ?

Minael sécha ses larmes, et regarda le Chasseur de Démons droit dans les yeux.

- Ce sont des choses qui se voient. Je l'aurais remarqué.

- …

- Ne t'inquiète pas, je ne t'en veux pas, reprit en souriant la Dryade.

La voir sourire rassurait Kanilova. Il se leva, et sortit de la pièce. Arrivé dans l'embrasure de la porte, il se retourna et demanda :

- Au fait, comment peux-tu être certaine de tes sentiments envers moi ? Tu ne m'as vu qu'hier soir !

Minael se leva, et s'approcha du Chasseur de Démons en disant :

- Tu veux que je te montre une preuve ?

- Euh …

Ca sentait le roussi. Mais qui ne tente rien n'a rien …

- Vas-y.

Sur ce, il s'éloigna peu à peu de la maison en forme d'arbre, et reprit sa route. A chaque pas qu'il faisait la terre portait de plus en plus les marques de la corruption démoniaque. "Pourvu qu'ils n'infligent pas à Ashenvale le même sort qu'à Felwood. Mais que font nos guerriers pour les arrêter ?" Au moment précis où il se posa cette question, un groupe de Sentinelles se faisait massacrer par ces mêmes Démons. Il pressa le pas. Une ou deux heures plus tard, marchant à présent dans une Ashenvale en partie brûlée ou corrompues par les énergies démoniaques, il tomba sur un quelque chose qui le fit frissonner de dégoût.
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MessageSujet: Re: Combat éternel   Dim 15 Juin - 12:25

Chapitre 27 : Les deux guerriers

Des Satyres, êtres à l’origine des Elfes de la Nuit mais devenus des monstres au passage de la Légion Ardente étaient en train de dévorer ou de mutiler des cadavres d’Archères et d’autres guerriers de la race de Kanilova ! Rapidement, ce dernier élabora une tactique pour les éliminer sans problèmes. Avec un grand cri, il sortit des buissons où il s’était caché, et attaqua le premier Satyre surprit qui fut sur son chemin. Avant que ce dernier ait pu esquisser un seul geste, une énorme balafre parcourait toute sa poitrine, et il s’écroula sans un râle. Les autres Satyres réagirent immédiatement ; ils se précipitèrent sur le Chasseur de Démons, certains dégainant des lames rouillées et usées, d’autres préparant des sorts. Kanilova se jeta sur un des Satyres, écarta son épée, et lui planta sa lame dans le cou en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Le suivant, qui tenait deux lames recourbées, les abattit sur le Chasseur de Démons qui dans un premier temps les arrêta, ensuite il fit tourner légèrement ses lames et les écarta l’une de l’autre brutalement. L’ancien Elfe de la Nuit depuis longtemps corrompu se trouvait donc les deux bras écartés quand les deux pointes des lames de Kanilova pénétrèrent ses chairs.

C’est à ce moment que les lanceurs de sorts entrèrent en action. Le Chasseur de Démons vit de nombreuses boules de lumière de différentes formes, tailles et couleurs s’approcher de lui à grande vitesse. Il sauta sur le côté, et deux sorts s’écrasèrent sur un arbre non loin, le faisant pourrir à une vitesse incroyable. Trois ou quatre sphères de magie noire changèrent de direction et le manquèrent de peu. Avant de se faire toucher par les sorts des Satyres, il roula sur le côté et se releva. A ce moment une orbe faite de ténèbres le frappa en plein ventre. Il recula sur le coup, et les derniers combattants Satyres foncèrent sur lui en poussant des cris de victoire.

Il avait l’impression que tout devenait flou, sa tête tournait, et une douleur commençait à se propager de son ventre vers toutes les parties de son corps. Tous les Satyres se rassemblèrent autour de lui, les mages noirs aussi. Le plus grand des Elfes corrompus s’approcha, leva sa lame et…

Une puissante explosion secoua la clairière. Kanilova venait de se Métamorphoser, ce qui avait propulsé les Satyres à environ quatre mètres ; et certains, les plus faibles, avaient été tués sur le coup.

Une fois transformé en Démon, l’Elfe de la Nuit élimina facilement les survivants. Il reprit ensuite sa forme normale, puis récupéra son sac qu’il avait posé à la lisière de la forêt avant de se battre ; et il continua sa route, après avoir bu une potion de soins et un remède contre la magie noire qu’il conservait dans une poche de son sac. Le paysage qu’il traversait ne ressemblait en rien à ce qu’il avait connu. La forêt d’Ashenvale était devenue après le passage des Démons un endroit désolé, puant la corruption et complètement brûlé. Ceci redoubla la rage de Kanilova, qui poursuivit son chemin en se jurant qu’il n’échouerait pas, pour sauver sa terre natale des Démons qui la menaçaient.

Deux choses pourtant l’intriquaient. Comment se faisait-il que les Elfes ne tentaient rien pour arrêter le fléau qui se dirigeait droit sur l’Arbre Monde ? Les forces armées des Sentinelles et des Druides auraient plus que largement suffi à renvoyer les Démons en Enfer ! Et puis pourquoi le paysage était-il autant marqué par leur passage ? Evidemment, il y avait des Infernos, des Seigneurs de l’Epouvante, et surtout, les puissants pouvoirs noirs du Warlock Eredar, mais en regardant la forêt autour de lui, il pressentait en son cœur que cette blessure infligée à la Nature nécessiterait beaucoup plus que le Temps et les soins des Druides. Mais la cause de cette puissance n’était-elle pas… ?

« Mais oui, bon sang, l’Amulette ! Ils ont du la corrompre, pour pouvoir faire autant de mal à la Nature rien qu’en passant ! Parce que je pense qu’ils ne doivent pas souvent faire des pauses ; et j’espère que l’on pourra la purifier une fois tout cela fini, sinon on devra la détruire ! »
Tandis qu’il se faisait ces réflexions, onze Démons gravissaient les pentes du Mont Hyjal, faisant fuir tous les Esprits qui s’y trouvaient et bon nombre d’êtres vivants. Comme la nuit approchait, il se coucha sur une branche dans un arbre, son sac posé en sécurité à un endroit où une autre branche se divisait en deux. Il dormit malgré les nombreux cauchemars qu’il fit durant cette nuit, à califourchon sur sa branche d’arbre. Il savait que ce n’était pas des visions, parce que… parce qu’il le savait, c’est tout, et puis aussi parce qu’Elune n’apparaissait jamais dans ses rêves. Il n’en doutait pas une seconde, et rien n’aurait pu faire changer Kanilova d’avis.

Le lendemain, il se réveilla de bonne heure. Le Chasseur de Démons descendit de son arbre. Il marcha pendant quelques temps, puis il fit une rencontre formidable. A un centaine de mètres, il aperçut une silhouette familière, un Chasseur de Démons. Il courut dans sa direction. Celui qu’il semblait connaître se retourna et s’écria :

- Kanilova ! Quelle surprise ! Après tout ce temps !

Kanilova serra avec émotion la main de son vieil ami Haeglor, un Chasseur de Démons au côtés duquel il avait combattu les Démons il y a 10 000 ans.

- Haeglor ! Tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir de te voir !

- C’est incroyable… En 10 000 ans tu n’as pas changé !

- Toi non plus, mon vieil ami !

- Alors dis-moi, qu’est-ce qui t’as fait revenir ici ?

Kanilova réfléchit un moment, puis répondit :

- Eh bien, je suppose que tu sais que des Démons sont passés par ici il y a quelques jours ?

Le visage de son ami s’assombrit.

- Oui. Mais toi, comment le sais-tu ?

- C’est trop long à expliquer. Toujours est-il que ces Démons possèdent un objet qu’ils ont dérobé , une Amulette très puissante, et je dois la récupérer avant…

- Avant quoi ?

Kanilova s’était déjà posé cette question. Et il était certain de connaître les intentions de ceux qu’il pourchassait. A contre-cœur il exposa son point de vue à Haeglor :

- Je crois, que ces Démons vont tenter d’ouvrir un portail grâce au pouvoir de l’Amulette et aux dernières énergies de l’Arbre Monde. Ils vont essayer d’envahir à nouveau Azeroth avec les restes de la Légion Ardente. Du moins c’est ce que je pense.

- Eh bien ! Dans ce cas, je crois qu’on devrait se dépêcher pour les arrêter !

- Tu… Tu viendrais avec moi ?

- Ben oui, gros malin ! Tu crois quand même pas que je vais te laisser avec des Démons aussi puissants, je veux pas signer ton arrêt de mort !

- Tu sais, je me débrouille, et j’y serais arrivé sans ton aide !

- Ah oui ? On jugera là-bas. Et puis, comme ça c’est pas à toi que reviendront tous les honneurs et toutes les récompenses !

- Décidément, fit en riant Kanilova, tu n’as pas changé, tu es toujours aussi intéressé !

- Moi, intéressé, répliqua Haeglor d’un air de fausse indignation, mais pour qui me prends-tu ?

Les deux amis poursuivirent leur route en se racontant des souvenirs du temps où ils se battaient pour l’avenir d’Azeroth. Ils étaient loin de se douter qu’à une journée de marche se trouvaient les Démons qu’il pourchassaient, sur les versants du Mont Hyjal. A la tombée de la nuit les deux Chasseurs de Démons installèrent un bivouac dans les ruines d’une chaumière qui n’avait pas résisté au passage des Démons. Le lendemain, au lever du jour, après une nuit passée dans la puanteur démoniaque qui infestait la chaumière, Kanilova et Haeglor repartirent en direction de la montagne sacrée des Elfes de la Nuit. Il avançaient rapidement, ne permettant pas à leurs esprits de s’attarder sur la dévastation de la forêt d’Ashenvale. Au bout d’un moment, ils aperçurent les versants du Mont Hyjal.
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MessageSujet: Re: Combat éternel   Mer 18 Juin - 9:53

Chapitre 28 : L’Arbre est corrompu…

L’ancienne montagne ne ressemblait plus au souvenir que Kanilova conservait. Les pentes, autrefois verdoyantes et accueillantes, étaient devenues des endroits immondes, fumants et ravagés. Il ne restait rien, à part une terre noire brûlée, des arbres calcinés, et d’énormes tas de pourriture puante un peu partout. Tout ce qui était naturel et qui faisait la fierté des Elfes de la Nuit à cet endroit avait été détruit par les Démons. Tout sauf…

L’Arbre Monde. Le gigantesque végétal semblait contempler tristement le spectacle morbide de la corruption s’étendant sur les versants de la montage qui portait ses racines. Et même s’il avait déjà été attaqué par Archimonde, l’Arbre Monde semblait être la seule chose qui conservait un tant soit peu de verdure.

Kanilova restait bouche bée devant le terrible danger qui menaçait Kalimdor, et même Azeroth tout entier ! Haeglor le sortit de ses pensées en disant :

-Allez, viens ! Il faut se dépêcher !

-Oui mais attend… Tu ne sens pas une odeur bizarre ? C’est comme si…

-GRAAAOORR !!!

La bête bondit du fourré où elle attendait, cachée, avec la ferme intention d’arracher la tête de Kanilova. Ce dernier, avec des réflexes extraordinaires, se jeta en arrière sur le sol, tout en écartant le bras droit, sa lame dans la main.

Un gémissement sourd résonna entre les arbres.

-Kanilova ! Tu vas bien ?

-Je vais bien, mais je crois que lui, non…

Le « lui », n’était autre qu’un Furbolg. Un très gros Furbolg, même pour son espèce ; dans ses yeux, dans ses gestes, dans sa fourrure même était inscrite la marque de la corruption. Après son bond malencontreux et la perte de sa patte avant, il se tenait un peu à l’écart, hésitant entre s’enfuir et combattre.

Un bond, un sifflement, un bruit de chair qu’on tranche, un râle, et un choc sourd.

Le Furbolg était mort. Après ce léger retardement, les deux amis poursuivirent leur route, cette fois en courant, pour ne plus perdre de temps. Ils savaient que tout se jouerait sur le moment où ils rattraperaient les Démons. Avant que le soleil ne se couche, ils étaient déjà sur les pentes du Mont Hyjal. A minuit, ils couraient toujours, et chaque pas les rapprochaient un peu plus de l’Arbre Monde, et de l’instant où le destin serait au rendez-vous, pour décider de l’avenir d’Azeroth. Quant aux Démons…

Ces derniers avaient finalement atteint leur but, et maintenant l’Eredar drainait les dernières énergies de l’Arbre Monde, et pendant qu’il agissait de la sorte, les autres Démons montaient la garde autour de lui, le protégeant dans son action. Et alors même que l’Arbre Monde se faisait lentement corrompre, Azeroth tout entier ressentit la douleur subie par celui-ci. Toutes les plantes, tous les animaux, tout ce qui vivait, excepté les mort-vivants et les êtres corrompus commencèrent à souffrir en leur cœur une douleur sourde, mais tellement atroce…

Et pendant ce temps le seul espoir du monde courait vers l’endroit où il devra battre le Mal, et le renvoyer de là où il vient pour toujours. Les deux Chasseurs de Démons approchaient de l’Arbre Monde, il n’en étaient plus qu’à quelques centaines de mètres quand il virent cet horrible spectacle : le Warlock Eredar avait planté ses griffes dans l’écorce de l’Arbre et progressivement une aura maléfique commençait à briller autour de lui. Malgré tout les deux Chasseurs de Démons poursuivirent leur course après que Kanilova eût posé son sac à la lisière de la forêt, quand les Nathrezims et les Infernos virent pour leur barrer la route.

-Attaquez, Infernos, hurla un des Seigneurs de l’Epouvante.

A cet ordre les Démons de flamme chargèrent. Après avoir échangé un regard Kanilova et Haeglor se Métamorphosèrent tous les deux. Le premier Inferno fut stoppé par une attaque d’Haeglor, et Kanilova l’acheva. Les six autres les encerclèrent, puis ils attaquèrent. Haeglor plongea entre deux Démons, et par derrière il lui lança une boule d’énergie qui en éteignit* un. Kanilova esquiva le coup de l’Inferno qui était en face de lui, et ce même coup en décapita un autre. Haeglor se releva rapidement et fit face à deux des Infernos qui restaient. Il les attaquait tout en reculant, et au même moment Kanilova éliminait un autre Inferno. Il ne restait plus que ceux qui tentaient en vain d’atteindre Haeglor lorsqu’il s’éteignirent en même temps, sous l’effet de la dernière attaque du vieil ami de Kanilova.

Ils reprirent tous les deux leur forme elfique, et Kanilova fut le premier à apercevoir ce qu’avaient préparé pendant ce temps les trois Nathrezims : ces derniers semblaient invoquer quelque chose autour d’un cercle de magie. Quand ils virent que le combat s’était terminé en faveur de leurs ennemis, ils redoublèrent d’efforts pour terminer leur invocation ; mais les deux guerriers d’Elune ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils se précipitèrent sur les Seigneurs de l’Epouvante et en tuèrent deux avant que ces derniers aient pu faire un seul geste, et le troisième rompit le sort qu’il était en train de préparer avec ses frères. Il recula de quelques pas et lança sur Kanilova et Haeglor une nuée de chauve-souris maléfiques.

Haeglor se tordit de douleur en gémissant, le corps presque couvert de blessures occasionnées par le sort du Nathrezim. Kanilova, lui, surmonta ce qu’il endurait et sauta sur le Nathrezim pour lui trancher proprement la tête.

Après avoir mit fin à la vie maudite du Démon, Kanilova se traîna jusqu’à son sac et en sortit deux potions de soins majeurs, qu’il conservait pour les situations d’urgence. Il but l’une d’entre elles, et fit boire l’autre à son ami. Une fois revigoré, les deux Chasseurs de Démons s’approchèrent de l’Arbre Monde et du Démon qui absorbait sa puissance. Haeglor s’écria :

-Rend-toi, Démons ! Les tiens sont morts, et nous allons te tuer, maintenant !

L’Eredar éclata de rire sans même se retourner. C’est alors qu’un changement intervint ; chaque être sur Azeroth le ressentit. La douleur qu’ils enduraient semblait être multipliée par deux, et à ce moment, l’Arbre Monde perdit la lutte qui l’opposait au Warlock démoniaque. En une fraction de seconde, son écorce devint noire, ses racines semblèrent se ratatiner, et son feuillage, auparavant vert, prit une couleur indéfinissable entre le noir et le marron. En un mot, l’Arbre Monde venait d’être corrompu par l’Eredar.

Ce dernier se retourna, l’aura qui l’entourait devenant de plus en plus lumineuse, et devant l’effroi qui se lisait sur le visage de ses opposants il éclata de rire à nouveau en disant :

-Je ne savais pas que vous étiez aussi stupides, vous les Elfes de la Nuit. Vous avez vraiment cru pouvoir me battre ? Dans ce cas il faut que je vous dise que je possède le pouvoir de l’Arbre Monde et celui de votre Amulette sacrée, que j’ai moi-même corrompu !

Il montra alors l’Amulette que Kanilova recherchait. Autrefois c’était un superbe bijou en forme de feuille d’arbre dorée devant un croissant de lune attaché à un collier d’argent, mais à présent elle était devenue un objet immonde, terne, d’une forme indéfinissable, et tellement corrompu qu’on le devinait rien qu’en le regardant. Jamais plus, il le savait, Kanilova ne reverrait l’Amulette telle qu’elle était, là-bas, de l’autre côté de la mer, dans la clairière de la Réunion.

-Bon, vous m’excuserez, reprit l’Eredar en serrant le poing, visiblement pour préparer un sort, mais le devoir m’appelle, et je dois vous tuer à présent. Adieu, petites larves !

Par intuition, Kanilova bondit sur le côté, tandis que le Démon détendait le bras. Une sphère d’énergie noire se forma au creux de sa paume, et un rayon aussi obscur que les Abysses en partit. Haeglor, qui n’avait pas eu le réflexe de s’écarter, reçut ce rayon en plein ventre.
Une violente explosion retentit et son souffle projeta Kanilova au sol. Ce dernier se releva, et sans plus se soucier de l’Eredar, il s’approcha en marchant lentement de l’endroit où son ami se tenait quelques secondes auparavant. Le sort du Démon avait creusé un petit cratère encore fumant, et parmi les gravas et la terre carbonisés, les restes d’Haeglor semblaient attendre une vengeance prompte.

*note de l’auteur : ici le verbe éteindre est employé pour décrire la phase de la mort d’un Inferno caractérisée par un cri aigu de la part de ce dernier et par une disparition soudaine des flammes qui entouraient quelques secondes plus tôt ce même Démon.
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MessageSujet: Re: Combat éternel   Mer 18 Juin - 9:56

Chapitre 29 : Annihilation

La colère que Kanilova ressentit à ce moment fut indescriptible. Sans pour autant se trouver dans cet état aveugle dont il avait peur, il sentait chacun de ses muscles palpiter sous l’émotion plus qu’intense qui l’habitait. Jamais, jamais de sa vie il n’avait éprouvé un tel courroux, une telle haine. La rage coulait dans ses veines tel un feu dévorant, et inhibait toute notion de danger. Sous les yeux ébahi du Warlock il se mit à hurler sa douleur, crier sa haine, extérioriser sa colère. Il hurla tellement fort et tellement longtemps que le Démon fut obligé de se boucher les oreilles. Le cri qui sortait des lèvres du Chasseur de Démons se transforma en ceci :

- ELUNE !! CENARIUS !! SI VOUS M’ENTENDEZ, DONNEZ-MOI LA FORCE DE ME VENGEEEEER !!

Et il sembla que sa prière fut entendue. L’Amulette que l’Eredar portait au cou se détacha d’elle-même, et atterrit aux pieds de Kanilova. Alors que ce dernier allait la détruire avec ses lames, un rayon de lune l’éclaira, et instantanément toute trace de corruption disparut de l’objet sacré. Bien qu’il n’en revînt pas, le Chasseur de Démons ramassa d’une main tremblante l’Amulette, qui semblait de nouveau telle qu’auparavant, et il l’attacha à son cou, tandis que l’Eredar était comme statufié.

Dès que l’Amulette fut sur sa poitrine, il sentit la douleur qui l’habitait diminuer, et une voix qu’il reconnût sans l’avoir jamais entendue résonna dans sa tête :

- Je savais qu’un jour cette Amulette serait utilisée pour vaincre le Mal. Je l’ai donné à un de mes fils en le sachant pertinemment. A présent, le destin d’Azeroth est entre tes mains, Kanilova.

- Merci, Cenarius, murmura le Chasseur de Démons.

Plus rien ne pouvait l’étonner, à présent. A ce moment l’Eredar reprit ses esprit et lui lança un autre sort, similaire à celui qui avait causé la mort d’Haeglor. Kanilova se Métamorphosa alors, et quand il le fit, il sut que grâce à l’Amulette, il était devenu bien plus puissant que n’importe quel être, Démon, Mort-Vivant ou même Demi-Dieu. Le Chasseur de Démons n’aurait jamais cru possible qu’une telle puissance l’habitât. Au moment où le rayon allait le percuter, il leva tranquillement la main, et le sort démoniaque fut stoppé par cette dernière. Surpris, le Démon recula ; toute l’énergie de son sort au creux de sa main, Kanilova se précipita sur l’Eredar et le frappa du poing où la puissance du sort était retenue. Le choc projeta le Démon à plusieurs mètres de là, et à ce moment Kanilova ouvrit sa main. Le propre sort du Warlock explosa sur ce dernier. Cependant, il était toujours en vie. Il se releva péniblement, le corps marqué par sa propre puissance, et articula péniblement :

- Je… Nous reviendrons… Tu ne… peux pas… l’empêcher… Il existe pour nous… un dernier, un ultime… moyen de retourner… sur votre monde… sans l’aide de qui que ce soit… Et alors… nous réduirons… ce monde… pitoyable en… en poussière !

Kanilova s’approcha de lui, la force émanant de lui comme la lumière du soleil.

-Non, Démon. Cette fois-ci, vous ne remettrez plus vos sales pieds puants sur notre monde. Je trouverais un moyen de vous en empêcher, et ensuite nous éliminerons toute traces de votre passage, le Fléau Mort-Vivant aussi.

- Ha ha ha ! Tu ne peux… pas arrêter… l’inéluctable...

- J’en ai marre de t’entendre parler. Disparais.

Le Chasseur de Démons leva les bras au ciel, et il concentra dans ses mains son propre pouvoir, la puissance de ses lames runiques, qu’il n’avait jamais pensé à utiliser, et l’énergie de l’Amulette. Deux énormes orbes d’énergie pure se formèrent entre ses doigts, et d’un geste il lança ses mains en avant, les paumes dirigées vers le Warlock. Les deux sphères fusionnèrent, et la boule formée quitta les mains du Chasseur de Démons toujours Métamorphosé, et alla frapper le Démon de plein fouet.

Le Mont Hyjal tout entier trembla sous l’effet de la terrifiante déflagration, et le son de l’explosion parvint jusqu’à la lisière sud de la forêt d’Ashenvale.

La dernière attaque de Kanilova avait totalement ravagé le Puit d’Eternité, et même à des kilomètres de là on pouvait encore voir les dégâts occasionnés par cette dernière. Le Chasseur de Démons avait également détruit l’Arbre Monde corrompu. En fait, il ne restait rien au sommet de la montagne sacrée des Elfes de la Nuit, à part Kanilova lui-même. Il ne savait pas comment il avait survécu à cette explosion, mais une chose était sûre, il ne s’en plaignait pas. Par contre, l’Amulette avait disparu. Peut-être était-ce grâce à elle que Kanilova avait survécu ? Il ne le saurait jamais.

« Il n’y a pas de mots pour exprimer à quel point ce que tu viens de faire est extraordinaire, Kanilova, fit une douce voix dans le crâne de ce dernier, tu as réussi là où n’importe quel autre, même Cenarius, aurait trouvé la mort.

- Elune ? C’est bien vous ?

- Oui, guerrier. Et c’est aussi moi que tu as vu dans la vision que je t’ai envoyé.

- Je le sais. Enfin, je m’en doutais.

- Bien. Maintenant, c’est à toi de trouver le moyen d’assurer l’avenir d’Azeroth. Je ne peux t’en indiquer le moyen, car moi-même je ne le connais pas. Je te souhaite bonne chance, car tu en auras bien besoin. Adieu, Kanilova.

- A… Au revoir, Elune.

Le Chasseur de Démons n’arrivait pas à y croire. Il venait d’échanger une conversation avec Cenarius, et après avec Elune ! Décidément, voyager avait de nombreux avantages… Mais il revint vite sur terre.

Il réalisa enfin ce qu’il venait de faire. Grâce au sacrifice d’Haeglor et de sa victoire sur l’Eredar, il avait sauvé le monde de la destruction ! Mais à quel prix… Son ami était mort, l’Amulette avait disparu, l’Arbre Monde, après avoir été corrompu, était détruit, et la forêt d’Ashenvale ressemblait plus à présent à Felwood qu’à l’endroit verdoyant qu’elle était auparavant.

En son cœur, le Chasseur de Démons remercia la Déesse des Elfes de la Nuit, et le Demi-Dieu de sa race. Il savait que grâce à eux, plus jamais le monde ne verrait son sol souillé par les Démons. Cependant, combien de temps vivrait encore Azeroth ? Sans Arbre Monde, tout dépérirait rapidement, les Druides ne seraient jamais assez nombreux pour guérir Ashenvale et Felwood en même temps, sans parler des autres endroits corrompus et du besoin de replanter un nouvel Arbre avant que tout ne soit perdu. Kanilova se rendit compte que le combat était loin d’être fini. Lui et tous les autres Elfes de la Nuit devront encore se battre longtemps avant de pouvoir vivre en paix.

C’est à ce moment qu’il se demanda : comment des Démons avaient pu arriver ici ? Il ne parlait pas des Seigneurs de l’Epouvante, ni des Infernos, car il savait comment ils avaient pu venir, mais un Eredar n’aurait jamais pu passer d’une dimension à une autre sans passer par un Portail, et tous avaient été détruits il y a longtemps, à la surface de ce monde !

La réponse tomba du ciel, au propre comme au figuré. Le Chasseur de Démons vit alors une étrange pierre noire. Elle chuta sur le sol à grande vitesse, mais ne rebondit pas. Au contraire elle s’enfonça dans un trou creusé par l’impact. Kanilova s’approcha lentement de cet étrange objet. Il l’observa un instant, et dès qu’il le toucha, il sentit comme une volonté obscure, sourde, mais terriblement forte, un pouvoir énorme, et de très nombreuses présences, toutes démoniaques. Il se rappela alors les dernières paroles de l’Eredar : « Je… Nous reviendrons… Tu ne… peux pas… l’empêcher… Il existe pour nous… un dernier, un ultime… moyen de retourner… sur votre monde… sans l’aide de qui que ce soit… ». C’était peut-être ça, le moyen dont le Démon parlait, pourquoi pas ?

Kanilova jeta un dernier, très long regard attristé sur l’endroit où se situait encore quelques heures plus tôt le Puit d’Eternité. Il ressentait un vide, en lui ; un vide qui ne se comblerait jamais. Le Mont Hyjal, l’Arbre Monde, le Puit d’Eternité, Ashenvale, Felwood… Tous ces endroits souillés, corrompus, ou détruits par la Légion Ardente, autant de choses qui méritaient de perdurer, et qui maintenant étaient perdues, ou presque impossible à régénérer… Même si les Druides étaient deux fois plus nombreux, en plusieurs années il ne parviendraient pas à sauver les deux forêts d’Ashenvale et de Felwood, sans compter en plus le Mont Hyjal et l’Arbre Monde. L’Arbre Monde…

Kanilova savait que sans Arbre Monde, le monde ne tarderait pas à dépérir. Les Druides devraient donc s’occuper de planter quelque part un nouvel Arbre, puis ensuite restaurer la Nature, soigner ses blessures, si profondes. Mais chaque chose en son temps ; le Chasseur de Démons ne pouvait pas prendre soin des affaires des Druides, donc il essaierait d’empêcher les Démons, Morts-Vivants ou autres de faire plus de mal que ce qui avait déjà été fait. Pour commencer, il devait savoir exactement ce qu’était l’étrange pierre noire qu’il tenait dans la main.
Il décida d’enterrer les restes de son ami, ensuite il tenterait d’élucider le mystère de cette pierre. Il se mit à la tâche la tête vide, les mains tremblantes, et le cœur plein de tristesse et de haine. Il n’oublierait jamais l’instant où Haeglor avait manqué de réflexe, le moment précis où sa vie se termina, à cet endroit. Kanilova savait qu’à présent quiconque évoquerait le nom d’Haeglor ne pourrait imaginer quelle horreur, quelle colère il susciterait dans le cœur du Chasseur de Démons.

Après avoir recouvert ce qui restait du corps de son ami, Kanilova pria pour son repos éternel, dans le paradis des Elfes de la Nuit. Enfin, lorsqu’il eut terminé ce qu’il avait à faire, il quitta le Puit d’Eternité. C’est alors qu’il s’étonna de n’avoir rencontré personne, ni dans la forêt d’Ashenvale, ni sur les pentes de la montagne sacrée. Au moment où il se posa cette question, une Prêtresse de la Lune suivie d’une troupe de Sentinelles s’approcha de lui. Kanilova reconnut immédiatement Tyrande Whisperwind. Il avait déjà eu l’occasion de la rencontrer, il y a 10 000 ans.

- Par Elune, s’exclama la Prêtresse de la Lune, que s’est-il passé là-haut, Chasseur de Démons ?

Kanilova s’inclina pour saluer la compagne de Furion Stormrage, et lui répondit ainsi :

- Tyrande, tout vous expliquer prendrait trop de temps. Et, sans vouloir vous manquer de respect, je n’ai pas, ou plus de temps à perdre.

- Comme tu voudras, du moment que tu m’expliques tôt ou tard pourquoi le sommet du Mont Hyjal a explosé. Où vas-tu, et que portes-tu là ?

- Prêtresse, je ne puis faire que des suppositions sur la nature de la pierre que je porte. Où je vais, eh bien, quel est l’endroit le plus proche où vous avez établi une base ?

Tyrande réfléchit un instant, et dit :

- Nous avons un camp, non loin d’ici, près d’une fontaine sacrée. Y viendras-tu avec nous ?

- Ce sera avec plaisir.
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MessageSujet: Re: Combat éternel   Jeu 19 Juin - 17:51

Chapitre 30 : But nobody’s listening...

Sur ce, les Sentinelles firent demi-tour, Tyrande à leur tête, et Kanilova marcha à côté du tigre blanc de la Prêtresse de la Lune. Pendant le trajet, ils ne parlèrent pas, comme si le simple fait de dire un mot eût fait réapparaître les Démons responsables de la corruption d’Ashenvale. La troupe mit environ une demi-heure pour atteindre la base des Sentinelles. Le camp des Elfes de la Nuit était organisé autour d’un Arbre d’Eternité. On trouvait quelques Anciens de la Guerre, du Savoir et du Vent, mais aussi quelques Anciens Protecteurs, qui avaient été créés pour défendre le camp contre une éventuelle attaque de la part des Démons. Tyrande congédia les Archères et les Chasseresses, puis fit signe à Kanilova d’entrer dans un des Anciens de la Guerre. Elle laissa son tigre à l’extérieur, et ouvrit la porte de l’Ancien. Elle s’assit simplement à une chaise, invita Kanilova à faire de même, et attendit que ce dernier commence à dire ce qu’il avait à raconter.

- Bon, commença le Chasseur de Démons, je vais tout vous dire. Comme vous vous en souvenez peut-être, j’ai combattu les Démons lors de leur première tentative d’invasion de notre monde …

- Oui. Et ?

- Et ensuite, peu de temps après, j’ai quitté la terre qui m’a vu naître, pour passer de l’autre côté de la Grande Mer. Là, j’ai trouvé un endroit où des Druides vivaient, en paix, et je me suis joint à eux. J’ai vécu ainsi pendant longtemps. Comme il y avait d’autres Chasseurs de Démons dans les environs, de temps en temps nous faisions une petite réunion dans une clairière où …

Et Kanilova narra toute son aventure à Tyrande Whisperwind. Il le fit sans omettre aucun détail. Il n’aurait pas su dire combien de temps il mit pour mettre la Prêtresse de la Lune au courant de tout, mais il était certain qu’il y avait passé plus de deux heures. Un silence s’installe dans l’Ancien, silence que Tyrande rompit en disant :

- Nous pleurerons pour la mort de ton ami, mais pour l’instant, nous devons trouver ce moyen dont le Warlock a parlé, et empêcher la Légion de l’utiliser !

- Ce moyen, Prêtresse, je pense que c’est cette pierre noire que j’ai trouvé après la mort de l’Eredar.

Il montra la pierre à Tyrande. Cette dernière sentit également quelque chose de démoniaque dans la pierre, sans pour autant pouvoir le définir précisément.

- Il faudrait peut-être la montrer à un Druide, il pourra nous dire …

- Ce n’est pas la peine, Tyrande. Je suis certain que cette pierre est, d’une façon que j’ignore, le moyen que les Démons ont utilisé pour venir sur notre monde, et que c’est celui qu’ils veulent encore utiliser pour revenir !

- Si tu en est certain, alors nous devons détruire cette chose.

- Sans doute, mais je doute que cela soit facile.

- Nous verrons.

Sur ce, elle sortit, la pierre dans la main. Kanilova la suivit. La Prêtresse de la Lune entra dans un bâtiment qui semblait être la forge du camp, impression de Kanilova qui se confirma. Tyrande ordonna à un des forgerons de poser la pierre sur une enclume, et de la détruire avec son marteau. Le forgeron était très musclé, le marteau lourd et solide, pourtant ce fut l’outil et non la pierre noire qui se brisa lors du choc. Les morceaux du marteau tombèrent à terre, et la pierre aussi, mais elle n’avait pas une éraflure.

- Je vous l’avais dit, fit laconiquement Kanilova.

La Prêtresse de la Lune, sans laisser paraître grand-chose de sa surprise, ordonna que la pierre noire soit plongé dans une cuve de fonte liquide. Le forgeron, quoique très impressionné par cette substance étrange qui avait résisté de la sorte à son marteau, obéit à l’ordre de Tyrande. Il monta sur un escabeau pour jeter la pierre démoniaque dans le fer liquide et brûlant. Dix minutes plus tard, on fit couler la fonte au travers d’un filtre très serré en pierre. Si elle n’avait pas été détruite, la pierre noire devrait être retenu par le filtre.

Le fer en fusion s’écoula lentement, et bientôt la cuve fut presque vide, et la pierre n’avait pas reparu. La Prêtresse de la Lune se tourna vers Kanilova et lui dit avec un air de triomphe :

- Tu vois, elle a été détruite ! Doutais-tu réellement de notre capacité à la faire disparaître ?

- Je ne crierais pas victoire trop vite. Ce n’est pas fini, et … La voilà !

En effet, la pierre noire venait d’être arrêtée par le filtre, et un des forgerons prit une pince en métal afin de la saisir.

- Pas la peine, fit le Chasseur de Démons en s’approchant du filtre, je parie qu’elle n’est même pas chaude !

- Non, cria Tyrande, ne la touche pas !

Kanilova, sans tenir compte de l’avertissement, prit la pierre dans une de ses mains en déclarant :

- Elle est à peine tiède. Vous voyez bien qu’elle ne peut pas être anéantie si facilement !

Tyrande recula, comme si elle avait reçu un coup de poing en pleine figure, puis répliqua :

- Dans ce cas, peut-être que tu auras une meilleure idée !

- Oui j’en ai une !

- Laquelle ?

- Je …

Et alors il comprit. Tout lui fut révélé. En un éclair il se rendit compte que ce qu’il voulait faire coûterait la vie et l’âme d’un Elfe de la Nuit.

- Alors ?

-…

Kanilova n’osait parler. Ce qu’il allait dire ne pourrait que persuader tout le monde qu’il était complètement fou, il en était certain. Cependant il aurait juré que ce qu’il projetait de faire était le seul moyen d’empêcher le retour des Démons sur Azeroth.

- Je … Je pense que la pierre est une sorte de pont. Un lien qui relie la dimension d’où les Démons sont originaire. Au départ les Démons étaient invoqués par des Orcs ou des Mort-Vivants, mais lorsque la Légion fut défaite et la corruption des Orcs disparue, il ne resta plus beaucoup de Démon sur notre monde. Alors, je crois qu’ils ont dû créer cet objet et retourner dans leur monde avec. Et, cette pierre en leur possession, ils peuvent créer une espèce de portail qui reliera leur dimension et la nôtre. La Légion Ardente déversera à nouveau ses flammes de l’Enfer sur Azeroth qui n’en réchappera pas, cette fois. Nos forces, enfin les forces totales sur lesquelles nous pouvons compter, en incluant les Humains, les Nains, les Orcs, les Trolls, les Taurens, etc … ne suffiront jamais à combattre la Légion Ardente une fois de plus. Toutes les armées d’Azeroth ont été très affaiblies par l’assaut des Démons, et nous ne parviendrons pas à repousser les hordes infernales, si elles reviennent. Nous devons prendre le problème à sa racine.

- Et que veux-tu faire, interrogea Tyrande.

Et voilà. Elle venait de mettre le doigt dessus. Et Kanilova sut que ce serait à lui de se sacrifier pour que tout ce qui était encore intact ou en état d’être sauvé puisse perdurer. Le Chasseur de Démons n’arriva pas à chasser le visage humide de larmes de Celebel, la dernière fois qu’il l’avait vue, pendant qu’il annonça gravement :

- La pierre, j’en suis certain, doit contenir une toute petite partie de l’esprit des Démons qui l’ont créée. Si on les détruit, la pierre ne pourra plus servir de lien entre les deux mondes, puisqu’elle n’aura plus aucun contact avec Azeroth.

-Mais comment veux-tu faire, s’exaspéra Tyrande, à qui Kanilova ne répondait toujours pas clairement, pour les détruire, ces maudits esprits ?

- Je … Mon esprit doit rentrer dans la pierre.

A ces mots, tous ceux qui étaient présent s’exclamèrent que ce Chasseur de Démons était fou, ou que ce qu’il souhaitait entreprendre était soit insensé, soit irréalisable, et qu’on ferait mieux d’essayer de s’y prendre autrement. D’autres seraient certainement mieux qualifiés pour juger le problème, et …

- MAIS PUTAIN !! J’AI PAS VU MON AMI MOURIR SOUS MES YEUX, JE SUIS PAS VENU DE L’AUTRE COTE DE LA MER, J’AI PAS FAILLI CREVER JE NE SAIS COMBIEN DE FOIS SEULEMENT POUR VOUS ENTENDRE DIRE QUE JE SUIS PAS QUALIFIE POUR CA, MERDE !!!

Un silence de mort s’installa. Plus personne n’osait bouger, plus personne ne parlait, on regardait simplement ce Chasseur de Démons qui semblait extrêmement courroucé.

- POURQUOI EST-CE QUE QUELQU’UN D’AUTRE SERAIT PLUS QUALIFIE QUE MOI ?? SI VOUS AVEZ DES SOLUTIONS, DITES-LES, ET FAITES PAS CHIER ! SINON, FERMEZ-LA, BORDEL !! ON A JAMAIS RENCONTRE CE GENRE DE SITUATION ET VOUS PARLEZ DE GENS QUI SERAIENT « QUALIFIES » ? NON MAIS JE REVE OU QUOI ?

Ces mots eurent un grand impact sur ceux qui entendirent Kanilova ce jour-là. Jamais plus ils n’avancèrent un commentaire hâtif, uniquement pour donner le change, mais ils réfléchirent beaucoup plus qu’avant, juste avant de prendre la parole.

- ALORS ? Y’A QUELQU’UN QUI A QUELQUE CHOSE A PROPOSER, AU LIEU DE RESTER LA PLANTE A RIEN FAIRE ? Y’A PLUS D’ARBRE MONDE JE VOUS RAPPELLE, ET SI ON AGIT PAS VITE ON VA TOUS CREVER OK ? ALORS SI VOUS AVEZ DES QUESTIONS OU DES OBJECTIONS, C’EST MAINTENANT, PAS DANS DEUX JOURS !

Personne ne dit un mot. On ne pensait même pas à répondre aux commentaires peu élogieux du Chasseur de Démons. Même Tyrande semblait ne plus savoir quoi dire. Le Chasseur de Démons reprit la pierre, et fit mine de s’en aller.

- Attends, fit la Prêtresse de la Lune en s’approchant de lui, où vas-tu ?

Kanilova se retourna, le visage crispé par la colère, et répliqua :

- Je vais faire mon devoir. A moins que tu n’aies une bonne raison pour m’en empêcher, ce dont je doute, il faut que les Démons ne puissent plus jamais revenir sur Azeroth.

- Mais où vas-tu pour le faire, répond-moi !

- Si tu le permets, je vais d’abord dire adieu à ceux que je … ceux qui m’ont aidé, et ensuite je vais me sacrifier pour notre monde.

-Dans ce cas, je vais t’accompagner. Une escorte ne sera pas de trop. Pendant ce temps, Furion et les Druides s’occuperont de trouver un remède aux maux qu’a subi la Nature. Il est dommage que l’Amulette ait été détruite, elle aurait pu nous aider à guérir la forêt corrompue.

- Tyrande, les Druides ne sont pas assez nombreux ! Ils ne parviendront pas à soigner les forêt d’Ashenvale et celle de Felwood ! De nombreuses créatures ont été corrompues, et à cause d’elles Furion mettre des années à faire en sorte que les deux forêts soient telles qu’elles étaient avant l’arrivée de la Légion !

- Mais alors qu’est-ce qu’on doit faire, si tu es si malin, tu sauras sans doute de quoi nous devons nous occuper ?

- La première tâche des Druides est l’Arbre Monde. Ils doivent en replanter un, sinon c’est tout Azeroth qui sera perdu ! La perte du Puit d’Eternité représente notre priorité absolue. Si nous passons outre, tout sera perdu, et tous ceux qui ont combattu les Démons seront morts en vain ! C’est ça que tu veux, Tyrande ?

- Non !

- Alors laisse-moi faire.

La Prêtresse de la Lune ne savait plus quoi dire. Sans un mot, elle sortit de la forge, héla une de ses Archères et lui ordonne de partir avec une escorte pour trouver Furion Stormrage et lui délivrer un message. Ensuite elle appela Kanilova, qui sortit à son tour de la forge, sous les regards admiratifs et/ou respectueux.

- Bon, alors, fit Tyrande, je vais réunir une escorte, pendant ce temps, prépare tes affaires, et réfléchit bien à ceux à qui tu veux dire adieu, nous n’avons plus beaucoup de temps.

Tous les deux ressentirent une vague de douleur. Ils savaient que ça ne s’arrangerait pas avant qu’un nouvel Arbre Monde soit planté. Et même si Furion recevait le message rapidement, il mettrait du temps avant de trouver un site pour le nouvel Arbre. De plus, personne, ou presque personne ne savait avec quelle sorte de graine il fallait faire …

Le Chasseur de Démons décida de rentrer rapidement chez lui, dans le camp des Druides, dans la forêt d’Elwynn, de l’autre côté de la mer. Là il dirait adieu aux Druides, et tous les autres, sans oublier Celebel …

Son cœur se serra quand ses pensées se fixèrent sur elle. Il y avait si longtemps qu’il était parti d’Ortuhl, abandonnant sa dulcinée les yeux remplis de larmes ! Cela lui semblait aussi long qu’un siècle. Il annonça à Tyrande qu’il désirait tout d’abord repasser la mer. La Prêtresse de la Lune opina de la tête, puis désigna l’escorte qui allait les accompagner dans l’ultime voyage de Kanilova. Elle se composait d’une escouade de Chasseresses, et d’une bonne cinquantaine d’Archères.

- Bon, si tu as toutes tes affaires, autant partir tout de suite, fit Tyrande, d’un ton presque désolé.

- C’est bon, nous pouvons y aller.

Comme dans l’explosion du Puit d’Eternité, son sac avait disparu, les seuls biens restants de Kanilova se trouvaient dans sa tente, dans le camp des Druides, à l’exception bien sûr de ses lames.

Le groupe partit rapidement, et presque avec discrétion. Les Sentinelles avaient une habitude de marche qui perturbait un peu le Chasseur de Démons, qui en général ne marchait que suivant son propre rythme. Ils arrivèrent assez rapidement à l’extrémité de la forêt d’Ashenvale. Là, Tyrande ordonna qu’on fit une halte. Pendant que les Sentinelles s’étendaient un instant pour se reposer, elle s’approcha de Kanilova et lui demanda :

- Bon, tu es donc bien sûr de l’itinéraire que tu as choisi ou pas ?

Le Chasseur de Démons releva la tête, et répliqua « Oui » avec agacement. La Prêtresse de la Lune ne sembla pas apprécier.

- Si tu n’es pas content, on va te laisser là et chercher un autre moyen pour détruire cette pierre, s’écria-t-elle, il n’y a pas de problème, tu sais ! Moi, j’ai aussi d’autres choses à faire, alors fais ce qu’on te demande sans discuter !

Kanilova se leva, les traits crispés. On put alors entendre le craquement sec de ses jointures. Il dit en s’efforçant de conserver un ton neutre :

- Tu crois que je n’en ai pas assez ? Tu penses que j’aime ce genre de chose, être là sans rien faire, alors que le Monde s’effondre tout autour ? Moi aussi je m’en passerais, et je me passerais aussi de ton escorte s’il le fallait !

Tyrande ne bougeait pas. Elle, sur son tigre blanc qui grondait, lui à terre, le visage dur et impassible, se jaugeaient presque. Un combat entre deux puissantes volontés se déroulait sous les yeux des Sentinelles Elfes de la Nuit. Qui allait l’emporter ? Aucun des deux ne clignait des yeux. Aucun des deux ne faisait un geste.

Finalement la Prêtresse de la Lune baissa les yeux et tira sur les rênes de son tigre en lâchant : « Qu’il en soit ainsi ! » d’un ton qui n’admettait aucune réplique. Elle cria un ordre que le Chasseur de Démons n’entendit même pas. Tout ce qu’il avait vécu d’horrible remontait à la surface et il se trouvait sur le point d’exploser. Jamais personne ne le sut, mais l’escorte formée par Tyrande faillit subir la fureur aveugle d’un Chasseur de Démons métamorphosé. Il s’en fallut de peu pour que la peur, la haine, le chagrin, et la colère de Kanilova ne prennent le dessus sur la raison du Chasseur de Démons.

Ce dernier se traita d’idiot, et se dit qu’il ne valait pas la peine de s’énerver simplement pour ça. Pendant qu’il se faisait ces réflexions, les Sentinelles repartaient ; elles faisaient demi-tour sur l’ordre de Tyrande. La Prêtresse de la Lune s’approcha à nouveau de Kanilova et lui débita froidement :

-Puisque tu as vaincu ces Démons, et puisque tu sais comment détruire la pierre, je te confie la responsabilité de mener à bien cette quête. N’échoue pas.

Et elle s’éloigna, pour rejoindre ses troupes.

« Très bien, se dit le Chasseur de Démons, au moins j’avancerai à mon rythme. Après tout, il faut voir le côté positif des choses ! »

Kanilova reprit son chemin aussitôt. Il se dirigeait vers le port où le bateau du capitaine Ksarrow avait accosté. Avec de la chance il trouverait un navire prêt à partir.
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MessageSujet: Re: Combat éternel   Sam 21 Juin - 9:33

Chapitre 31 : La Foi et la Voie

Le Chasseur de Démons marcha pendant trois jours, au bout desquels il aperçut enfin la mer. Le soleil avait déjà disparu à l’occident, et la lune montrait son mince croissant blafard suspendu dans le ciel, alors que les étoiles s’allumaient les unes après les autres. En ce début de soirée, la couleur sombre des cieux rappelait douloureusement à Kanilova la mission qu’il devait mener à bien.

Il arriva au port lui-même quelques minutes plus tard, et il commençait à chercher un navire sur lequel embarquer, quand une voix familière l’interpella :

- Ohé, garçon ! Quel hasard, dis donc ! Nous nous rencontrons à nouveau !

Le Chasseur de Démons se retourna et aperçut le capitaine Ksarrow qui lui faisait des signes de la main en l’appelant. Les deux amis se serrèrent la main, et Ksarrow entraîna son ancien passager dans un bar tout proche. Le capitaine cria à l’aubergiste :

- Hé, vampire, sers-nous un verre de ta bière la plus forte, à moi et à mon ami, et que ça saute !

L’atmosphère enfumée et empestant l’alcool incommodait Kanilova qui aurait préféré sortir et discuter sérieusement avec Ksarrow que d’entrer dans cet endroit où les gens venaient pour assommer leur esprit, pour s’empêcher de penser, même seulement pour quelques minute, à leur propre misère.

Mais le capitaine ne l’entendait pas de cette oreille. Il força Kanilova à s’asseoir à une table. Le Chasseur de Démons constata à son haleine qu’il se trouvait dans un état d’ébriété assez avancé.

- Alors, fit joyeusement le capitaine, comment vas-tu, depuis que nous nous sommes quittés ?

D’autres signes ne trompaient pas. La délicate couleur à mi-chemin entre le rouge et le rose foncé du nez de Ksarrow, par exemple …

- Je … Je vais bien, merci.

- Excellent ! Car vois-tu, moi aussi je me trouve dans une très bonne situation. Je vais t’expliquer …

Et Ksarrow commença à narrer à un Chasseur de Démons comment il était parvenu à conclure une affaire prodigieuse au sujet d’un superbe navire qui était rempli à raz bord de marchandises, et comment s’expliquait sa présence ici ; le tout accompagné de longues lampées de bière. A la simple couleur du liquide alcoolisé qu’absorbait sans modération l’homme qui lui avait fait traverser la mer, Kanilova en devina l’origine : les montagnes des Nains de Khaz Modan.

Bientôt, le besoin de quitter cet endroit se fit irrésistible, et le Chasseur de Démons balbutia quelques mots au sujet d’un voyage qui ne devait souffrir aucun retard, et se sauva aussi rapidement que la courtoisie le lui permettait. Malheureusement, le capitaine Ksarrow se dépêcha de régler la consommation et se mot à poursuivre Kanilova à travers le port.

- Hé, attends-moi, l’ami ! Pourquoi tu te sauves ?

- Je dois … m’en aller maintenant, j’ai déjà perdu assez de temps !

- Mais où dois-tu aller ?

- Je vais me débrouiller !

C’était un drôle de spectacle que de voir un Elfe de la Nuit courir sur les quais ; et adresser la parole à un homme ivre qui le poursuivait de la sorte. Enfin Kanilova sema son « poursuivant » en fonçant se cacher dans un tonneau par chance vide. En soulevant un peu le couvercle, le Chasseur de Démons vit Ksarrow continuer tout droit en le priant toujours de s’arrêter, cette fois ci avec de nombreux jurons.

Une dizaine de secondes plus tard un Elfe de la Nuit émergeait d’un tonneau qui avait dû contenir de l’alcool très fermenté, si on en jugeait par l’odeur qui émanait de tout le corps poisseux et collant de Kanilova.

Il se remit à la recherche d’un bateau qui pourrait le ramener dans la forêt d’Elwynn. C’est alors qu’il fut témoin d’un phénomène assez étrange.

Tous les humains qu’il apercevait portèrent la main à leur cœur. Certains gémirent, d’autres serrèrent les dents. Le Chasseur devina qu’ils venaient de ressentir la perte de l’Arbre Monde, d’autant plus que lui aussi sentait une main glacée serrer son cœur comme si le moment de quitter ce monde était venu pour lui. Un profond sentiment de désespoir et de fatigue s’empara de lui. Au fond de son esprit, la nécessité de détruire la pierre s’opposait à un besoin sourd et confus, celui de tout laisser tomber, de se coucher là et d’attendre que la mort le prenne. Après tout, il avait fait ce qu’il avait pu non ? Pourquoi n’aurait-il pas le droit de se reposer lui aussi ? Tellement d’autres n’avaient rien fait, rien perdu dans ce combat, pourquoi devrait-il se sacrifier une fois de plus pour eux ?

Alors que ses dernière résistances faiblissaient, des souvenirs refirent surface dans la mémoire de Kanilova. Des souvenirs où il voyait son père lui dire quelque chose. Mais quoi ? Le décor de la pièce de la maison où le Chasseur de Démons se trouvait à ce moment là le lui rappela aussi précisément que si cela c’était passé la veille :

« - Mon fils, lorsque tu seras devenu un guerrier, un grand héros, … »

« - Mais papa, riait Kanilova, encore tout jeune ( environ 78 ans ), tu sais bien que je ne deviendrait jamais un héros ! »

« - Oh si, j’en suis sûr. Quand tu le seras devenu, non seulement par tes exploits, mais aussi dans ton cœur, lorsqu’il t’arrivera un coup dur, et que tu auras envie d’abandonner, souvient-toi de ceci : « La Foi d’un héros est son esprit quand viennent des temps durs, et la Voie d’un guerrier est son courage, son soutien, quand vient le désespoir. »

« - Oui, papa. Est-ce que tu pourrais m’expliquer ce qu’est la Foi ? »

« - La Foi, c’est celle de croire en nos dieux jusqu’au bout, et de croire en ses propres forces. »

« - Et … Qu’est la Voie du guerrier, au juste ? »

« - La Voie du guerrier consiste en trois choses : le courage de continuer même lorsque tout semble perdu, la persévérance qui est le fait de recommencer ce qu’on n’a pas réussi jusqu’à ce qu’on réussisse, et le dévouement à une cause juste. »

Ce souvenir enfoui donna un coup de fouet au corps déjà engourdi de Kanilova. Alors qu’il était déjà en train de se coucher par terre, au moment où il s’abaissait au niveau des humains en s’allongeant dans l’ordure de ces quais puants l’alcool et le tabac, sa volonté se durcit, et balaya tous les arguments faux et mielleux que la paresse propre à tout être conscient avait placé dans son esprit fourbu par les douleurs qu’il avait endurées. Sans même s’en rendre compte, Kanilova se releva, contempla avec une certaine tristesse mêlée d’un peu de pitié et de mépris le spectacle désolant de la souffrance humaine, race vouée à souffrir et à mourir.

Il quitta le port quelques minutes plus tard, décidant qu’il rejoindrait l’autre continent, par-delà l’océan par un autre moyen. Même si cela lui déplaisait profondément, il ne pouvait faire autrement que de traiter avec les gobelins pour louer un de leur zeppelin. Le Chasseur de Démons marcha longtemps, avant de trouver ce qu’il cherchait : un laboratoire gobelin.

En s’efforçant de masquer son mépris pour la race avec laquelle il allait marchander, Kanilova entra dans le bâtiment qui était en fait un très grand hangar. Dans ce hangar régnait le désordre le plus complet. Des dizaines de gobelins couraient dans tous les sens avec des outils bizarres dans les mains, des machines faisaient un boucan pas possible, que les petits êtres verts tentaient de couvrir en hurlant des mots incompréhensible dans des nuages de postillons. Des engins étranges gisaient par terre, rongés par la rouille, et, par chance,
Tout en prenant garde de ne pas marcher par mégarde sur le pied ( ou le corps entier ) d’un pauvre gobelin, le Chasseur de Démons s’approcha de ce qui semblait être le chef dans ce laboratoire. Un gobelin, plutôt grand pour son espèce, avec un nez plus long que l’un des doigts de Kanilova et des lunettes très (trop ?) épaisses serrées autour de la tête se trouvait assis sur un siège en cuir. De temps en temps il aboyait un ordre, surtout aux gobelin qui essayaient de tirer au flanc un peu trop souvent. Lorsque Kanilova fut juste devant lui, il s’écria d’une voix nasillarde :

- Ahh, mais qui est-ce donc ? Un Elfe de la Nuit ? Comme cela est rare et étrange ! Jamais votre race ne nous rend visite, pourquoi êtes-vous donc venu ici ?

Le Chasseur de Démons réfléchit un instant, puis décida de ne pas mentir. Le plus vite serait le mieux, la douleur empirait d’heure en heure …

- Je voudrais louer un de vos zeppelin.

Surpris, le gobelin leva ses lunettes, comme s’il voulait s’assurer qu’elles ne le trompaient pas.

- Quoi ? Et pourquoi donc ?

- Je dois rejoindre l’autre côté de la mer, au plus vite !

- Oh la, un moment ! Vous êtes bien pressé ! Il y a des paperasses à remplir, d’abord, et …

Quelque chose le fit s’interrompre. Sans pouvoir s’en empêcher, il leva la main à l’endroit où se trouvait son cœur, et serra l’étrange combinaison de patchwork dont il était vêtu.

- Excusez-moi, grimaça-t-il d’une voix étrange, comme s’il avait couru une longue distance, mais ne ressentez-vous pas aussi une drôle de douleur de temps à autres ?

Inutile de le nier.

- Oui, c’est vrai, et c’est justement à cause d’elle que je dois prendre un de vos zeppelin.

- Quoi ? Vous connaissez un endroit où l’on a plus mal ?

- Non, loin de là, mais si vous me donn… louez un zeppelin je peux vous assurer que la plupart des soucis que vous avez connu seront disparus. Je parle des Démons. Et peut-être aussi des Mort-Vivants …

Quelque chose lui était venu à l’esprit. S’il détruisait l’âme du Démon qui avait créé le Roi Liche, Kil’Jaeden, peut-être que Nerzûhl mourrait, et si Nerzûhl disparaissait, le Fléau également …

- Des Démons ? Qu’est-ce que vous me chantez là ? La Légion a été vaincue non ?

- Oui, mais il se peut qu’ils reviennent. Et cette fois nous ne leur résisterons pas. C’est pourquoi, pour nous donner une chance de leur survivre, vous devez me louer un zeppelin !

- Ah, mon bon monsieur, j’aimerais bien, mais seulement aucun n’est et ne sera opérationnel avant une semaine !

- QUOI ????
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MessageSujet: Re: Combat éternel   Sam 21 Juin - 9:36

Chapitre 32 : Vouloir, et ne pas pouvoir

- Eh oui, ils sont tous en réparation. Vous savez, à force de voler, d’atterrir, ça s’use, des machines comme ça. C’est bien dommage, je suis désolé pour vous, mais si vous cherchez un moyen de locomotion capable de traverser des grandes distances sûrement et rapidement, voyez du côté des Humains.

Décidément le sort s’acharnait sur lui. Le temps lui était compté, et il devait prendre une décision. Soit le Chasseur de Démons choisissait de rentrer chez lui, de dire adieu à ceux qu’il aimait, et ensuite il se sacrifierait, soit il décidait de ne pas faire le voyage retour, et de périr sur la terre qui l’avait vu naître il y a bien longtemps.

Cette dernière solution lui paraissait plus raisonnable, car il ne pouvait plus attendre. Et puis il devait également avertir les Druides de la destruction de l’Arbre Monde. Que choisir, en cette heure sombre ?

L’idée de ne plus jamais revoir Celebel lui était insupportable. Et savoir qu’il mourrait sans avoir dit au revoir aux Druides de l’autre côté de la mer et à tous les Chasseurs de Démons qu’il connaissait ne le laissait pas de marbre. Loin de là. Kanilova ne pouvait pas imaginer sans se sentir coupable la souffrance qu’il allait infliger à sa bien-aimée s’il ne revenait pas, même pour un jour, une heure…

Kanilova choisit d’avertir le premier Druide qu’il rencontrerait, ou bien il chargerait le premier Elfe de la Nuit qu’il trouverait de chercher un Druide et de lui dire que l’Arbre Monde avait été détruit. Mais où trouver un Druide ?

Le souvenir d’un baiser qu’il n’avait pas voulu lui donna une réponse. Les Dryades sauraient certainement où trouver un Druide, et avec de la chance elles tomberaient sur Furion Stormrage. Ce dernier s’occuperait alors de replanter au plus vite un Arbre Monde. « Je dois me dépêcher, se dit le Chasseur de Démons, la douleur devient insupportable ! »

Au moment où il pensait cela, tous les êtres dans le monde, excepté les Mort-Vivants et les créatures corrompues souffraient atrocement. Certaines personnes, parmi les Humains, avaient mit fin à leur vie en pensant qu’il ne souffrirait plus dans leur Paradis.

Kanilova se mit à courir, courir comme jamais. Aucun Elfe de la Nuit, même surentraîné et en danger de mort n’aurait pu égaler la vitesse qu’atteignait le Chasseur de Démons à ce moment. Il ne sentait aucune fatigue, aucune raideur dans ses muscles. Sa vitesse de pointe était devenue sa vitesse de croisière, et ainsi il parcourut une distance phénoménale en quelques heures. Kanilova sut retrouver le domaine des quatre Dryades sans difficulté. Lorsqu’il arriva devant la maison en forme d’arbre, vers une heure du matin, les Dryades étaient toutes dehors, sans doute en train de planter des végétaux quelconques dans leur jardin, vu qu’elles étaient penchées sur la terre, les mains dans le sol.
Kanilova eut le plus grand mal à s’arrêter. En vérité, il n’y pensa que lorsqu’il ne fut plus qu’à trois mètres du logis des filles de Cenarius. Cependant, le Chasseur de Démons tourna sur sa gauche, avant de commencer à essayer de s’arrêter. Les Dryades se relevèrent vivement au bruit de ses pas et au souffle rauque qu’il émettait à intervalles réguliers.

- Eh, c’est le Chasseur de Démons de la dernière fois !

- Mais oui, c’est bien lui ! Ouhou !

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Quoi ?

Hianossa, Minael, Dyora et Avenory virent le Chasseur de Démons ralentir comme avec difficulté sa course effrénée, et s’écraser avec un bruit sourd sur le bois de leur maison.

- Oh, il s’est blessé !

- Mais non, enfin, il est solide, voyons !

- Au lieu de parler, venez m’aidez à le relever, s’écria Dyora avec une note d’inquiétude dans la voix.

Kanilova n’avait pas réussi à arrêter ses jambes. Après une si longue nuit de course, elles avaient fini par effectuer le mouvement seules, indépendamment de la volonté de leur possesseur. C’est pourquoi il avait éprouvé de grandes difficulté à les ralentir. Heureusement il avait eu la bonne idée de ne pas foncer dans les pauvres Dryades et leur jardin. Ce qui leur avait épargné bien des dommages. Le mur non plus n’avait rien. Par contre lui …

Le Chasseur de Démons gisait par terre, le visage en sang, les mains et les genoux joliment écorchés, et son torse nu présentait des bleus déjà bien formés. Un choc contre un mur en bois bien solide à environ 40-45km/h aurait causé la mort de bien d’autres. Mais pas lui, heureusement. La pierre noire qu’il transportait dans sa poche lui était rentrée profondément dans la jambe au moment du choc.

Les Dryades s’approchèrent de lui avec des visages décomposés. Un filet de sang s’écoulait de son nez, apparemment le choc lui avait fait perdre connaissance. Sans perdre de temps les quatre filles de Cenarius le soulevèrent (non sans difficulté, Kanilova pesait son poids de muscle) et le déposèrent sur un de leur lit de mousse. Deux d’entre elles, Dyora et Minael s’occupèrent de lui donner les premiers soins, tandis que les deux autres allèrent chercher quelques baumes et autres onguent.

Le Chasseur de Démons reprit vite connaissance grâce aux Dryades. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il murmura ces mots :

- Avertir … les Druides … replanter … Arbre Monde …

- Il délire ou quoi ?

- Non mais tu le prends pour qui ?

- Calmez vous toutes les deux ! Qu’est-ce qu’il y a Kanilova ?

Ce dernier avait les plus grandes difficultés à s’exprimer, ce qui était probablement dû au choc récent.

- L’Arbre Monde … est détruit … Les Druides … doivent le … replanter … quelque part … vite … sinon … tout est perdu …

Les Dryades se regardèrent, atterrées.

- Est-ce que, demanda judicieusement Minael, est-ce que c’est à cause de cela que nous souffrons autant ?

Kanilova hocha affirmativement de la tête.

- Mais c’est terrible !

- Il faut faire quelque chose ou tout est perdu !

-SILENCE ! On doit agir comme il nous le demande. C’est ce qui me paraît le plus sage, fit pensivement Dyora.

- D’accord, approuva la cadette des filles de Cenarius, je m’en charge.

- Très bien, dans ce cas prépare-toi et qu’Elune soit avec toi, ma sœur.

Minael sortit aussitôt de la chambre après avoir embrassé ses sœurs. Quelques minutes après son départ, le Chasseur de Démons voulut se lever malgré les protestations des Dryades.

- Tu as vu dans quel état tu es ? Tu ne ferais même pas trois pas que tu t’effondrerais !

- C’est plus prudent de rester coucher. En attendant si tu nous racontais ce qui s’est passé, et pourquoi l’Arbre Monde a été détruit ?

- Laissez-le tranquille ! Vous ne voyez pas qu’il est encore tout faible ?

- Ca … ira, articula Kanilova. Je me sens … déjà beaucoup m … mieux. En fait, après vous … avoir quittées … j’ai rencontré … un de mes vieux amis …

Et le Chasseur de Démons narra aux filles de Cenarius ce qui s’était passé entre le moment où il avait quitté leur demeure jusqu’à ces dernières heures, sans omettre quoi que ce soit. Au fur et à mesure qu’il parlait, ses capacité d’expression revenaient petit à petit, et les pauses qu’il était obligé de faire se faisaient de plus en rares. Après qu’il ait fini, Hianossa, Avenory et Dyora restèrent un long moment immobile, à regarder ce Chasseur de Démons qui avait tant accompli.

- Et à présent, fit Dyora en essayant de conserver un ton neutre, que vas-tu faire ? Après tout, ce qui importe le plus, c’est l’Arbre Monde ! Les Démons ne reviendront pas de sitôt ; et puis nous avons encore du temps.

- Mais je ne voudrais pas qu’au cas ou nous mourrions tous, les Démons reviennent et trouvent notre monde vide de tout forme de vie, et le détruisent sans que nous ayons fait quoi que ce soit pour les sceller dans leur dimension infernale. Et je crois que même si nous avons encore du temps, je n’en aurais pas assez pour revenir dire adieu à ceux que j’aime.

- Peut-être que si. Il existe un moyen.

- Lequel, demanda presque avec avidité le Chasseur de Démons.

- Je crois que si, en ayant en ta possession un parchemin de portail de ville, tu penses le plus fort possible à l’Arbre de vie, ou des âges, ou d’éternité enfin bref, il est quasiment certain que t’y retrouves ! Mais cela doit certainement demander un effort de concentration incommensurable, et peut-être que cela est dangereux, je n’en sais rien. Quelqu’un m’en avait parlé, je ne sais plus qui.
Kanilova sauta immédiatement sur l’idée. C’était sa chance de revoir, après tout ce temps, sa dulcinée qui devait certainement l’attendre en priant pour qu’il lui revienne en vie.

- En avez-vous un ici ?

- Non, malheureusement.

- Bon, dans ce cas je vais aller en chercher un. Ne sauriez-vous pas où je pourrais en trouver ?

- Il y a, dit Hianossa sur un ton presque désolé, un camp Elfe quelque part dans la forêt d’Ashenvale, près de la lisière de ce lieu je crois. Et dans ce camp se trouvait un ancien des merveilles. Avec de la chance les Démons ne l’ont pas détruit …

- J’y cours, s’écria aussitôt le Chasseur de Démons en sautant du lit.

- Attends un peu ! Tu ne sais même pas ou te diriger !

- Je vais te faire un plan, proposa Hianosssa.

Elle sortit de la chambre, y revint quelques secondes plus tard avec un morceau de parchemin et une pointe de charbon. La Dryade s’assit par terre, et commença à dessiner d’un trait hâtif le plan dont Kanilova aurait besoin.
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MessageSujet: Re: Combat éternel   Sam 21 Juin - 9:38

Chapitre 33 : Devoir, et ne pas vouloir

Le Chasseur de Démons sortit de la demeure des Dryades quelques minutes plus tard, ayant dit un rapide « Adieu » aux filles de Cenarius. Grâce au plan de Hianossa, il savait que si tout se passait normalement, il retournerait bientôt au camp des Druides.

Le soleil se levait, éclairant difficilement le paysage de quelques rayons. Le ciel, rempli de nuages gris-bleu, semblait prêt à éclater, à libérer une incroyable tension électrique en un orage digne de l’ire le plus dévastateur de Zeus.

La colère avait quitté le cœur de Kanilova, pour laisser place à une forme d’impatience mêlée d’une joie confuse, basée sur la certitude de la victoire à venir…

Sans égaler la performance de la nuit dernière, le Chasseur de Démons progressait très rapidement. A midi, il se trouvait à l’orée de la forêt sacrée des Elfes de la Nuit. Il pénétra aussitôt dans Ashenvale et se mit à la recherche du camp dont la position était indiquée sur le plan de la Dryade. Selon la « carte », il se situait à quelques dizaines de mètre de la lisière de la forêt. Il suffisait de marcher tout droit et l’on tombait dessus.

Kanilova suivit donc cette direction. C’est le moment que choisit la foudre pour tomber. Un violent flash lumineux envahit le champ de vision du Chasseur de Démons, suivit immédiatement d’un fracas assourdissant. La vue et l’ouïe de Kanilova s’en souvinrent pour longtemps …

Malgré l’orage qui commençait à se déchaîner, le Chasseur de Démons continua à chercher dans la forêt le camp des Elfes de la Nuit grâce auquel il pourrait peut-être rentrer chez lui avant de …

Avant de quoi ? De mourir ? Quel était le problème ? Nul autre que lui n’avait autant accompli pour Azeroth, quel honte aurait-il à se présenter devant les Héros de sa race ? Le Chasseur de Démons acceptait son destin, ne s’en offusquait pas, et même était impatient d’en finir. Pas pour être libéré des souffrances qui frappaient tout être vivants, mais pour avoir enfin la certitude qu’il avait fait tout ce qu’il pouvait et devait faire pour le bien de son monde.

Passant au travers des broussailles qui lui barraient la route, Kanilova poursuivait son chemin. La foudre tombait à présent sans interruption, alternant lumières aveuglantes et tonnerre grondant. Un éclair tomba d’ailleurs si près du Chasseur de Démons qu’il distingua les moindres fourches et zigzags de la décharge électrique.

La chaleur inimaginable de cette dernière embrasa aussitôt un buisson de résineux, et ce feu commença à se propager à une vitesse impressionnante.

Kanilova déploya toute son agilité afin de plonger au milieu des flammes sans trop se faire brûler. L’incendie achevait la forêt comme si elle n’avait déjà pas assez souffert.

Cependant le Chasseur de Démons touchait à son but. Derrière des arbres qui ne tarderaient pas à brûler eux aussi, à moins que la foudre qui ne cessait pas de tomber ne les fasse éclater, Kanilova apercevait des Anciens et quelques Puits de Lune.

Il fonça dans la clairière et lâcha le plan de la Dryade, qui ne lui servirait plus à rien, et se précipita vers l’Ancien des Merveilles qui paraissait encore « vivant ». Le Chasseur de Démons défonça la porte de l’Ancien qui n’était d’ailleurs pas ouverte, et bondit sur les étagère où les diverses marchandises se trouvaient entassées. Et évidemment, il ne trouvait aucun parchemin de portail de ville ! Il y avait de tout, des potions en tout genre, des bâtons, anneaux, livres mystiques et autres babioles magiques, mais bien sûr, pas de parchemin de portail de ville !

Fébrilement il fouillait en balançant derrière lui ce qui ne l’intéressait pas, et lorsque le tas se fut considérablement réduit et éparpillé, il découvrit enfin ce qu’il cherchait. Avec un grand soupir, il éleva le parchemin dans la lumière du feu qui brûlait au-dehors.

L’orage ne semblait pas vouloir connaître de fin. La foudre continuait de s’abattre, et Kanilova craignait de subir une violente électrocution avant d’user des pouvoirs du parchemin. Le Chasseur de Démons commença à lire les lettres et les runes qui composaient le sort de téléportation, quand soudain un éclair frappa l’Ancien des Merveilles et y mit le feu. Une ou deux secondes plus tard la foudre se mit à tomber au même endroit, comme si la première décharge avait montré le chemin le plus court pour atteindre le sol.

Pendant ce temps, Kanilova continuait son incantation, tout en focalisant ses pensées sur l’Arbre d’Eternité du camp des Druides. Après tout le temps qu’il avait passé à cet endroit, il le connaissait par cœur. Les moindres branches, les éraflures sur l’écorce, il se souvenait du plus petit détail. Il n’avait jamais utilisé ce système de téléportation, mais par ouïe-dire il savait comment cela fonctionnait.

Le toit de l’Ancien explosa lorsque les deux cercles magiques apparurent au-dessus et en dessous de lui. Il ne manquait plus que quelques secondes et il serait à nouveau chez lui, ou alors … Que pouvait-il bien se passer ?

Le cercle des arcanes qui tournait au-dessus de lui se rapprocha du sol pour se confondre avec le premier. Plus que quelques centièmes de secondes …

Une aveuglante lumière l’empêcha de voir quoi que ce soit ; était-ce le sort de téléportation, ou bien la foudre ? Kanilova était-il encore vivant, se demanda-t-il ? Ouvrir une paupière était si difficile … Trop difficile … Et est-ce que sentir une odeur quelconque était dans ses possibilités ?

Mais oui, ce parfum si doux et si familier, cette fragrance tellement tranquillisante et guérisseuse … Et ces voix qu’il percevait confusément, et cette chose dure sous sa main, tous ces signes qui lui criaient la distance formidable que le Chasseur de Démons avait parcourue en deux ou trois millièmes de secondes …

Les paupières de Kanilova se soulevèrent sur un tapis de verdure, et ses doigts effleuraient avec joie l’écorce de l’Arbre d’Eternité du Camp des Druides, alors que ses amis se précipitaient vers lui, tout à leur joie de revoir leur vieil ami.
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MessageSujet: Re: Combat éternel   Dim 22 Juin - 17:48

Chapitre 34 : La volonté

L’état d’épuisement et d’engourdissement du Chasseur de Démons persista un bon moment. Il ne sut jamais que pour très peu la foudre l’aurait carbonisé, dans l’Ancien des Merveilles. Chaque Druide n’en croyait pas ses yeux. De tous les Anciens accouraient des Druides en liesse à l’annonce du retour de leur vieil ami. On transportait le « pauvre » Chasseur de Démons sur les épaules de deux Druides Ours qui ne cessaient de gâcher leur mana en Récupérations. Quelques secondes plus tard, Kanilova, a présent en pleine possession de tous ses moyens, se ruait dans les bras d’un Jumanok ému aux larmes. Les deux amis ne trouvaient pas les mots pour exprimer leur contentement de se retrouver enfin.

- Kanilova … C’est un … Je ne sais comment … Il n’y a pas de mots pour dire.

- Jumanok … Quel plaisir de …. Enfin … J’ai attendu ça pendant …

Les autres Druides regardaient avec attendrissement le Chasseur de Démons et leur confrère qu’on aurait eu du mal à séparer. Cependant Kanilova redevint sérieux, et annonça gravement à son ami :

- Mon destin est scellé, mon ami. D’ici peu de temps, je quitterai ce monde, en espérant que mon sacrifice vous apportera une chance d’éviter une nouvelle invasion à laquelle nous ne survivrions pas.

Jumanok resta un instant coi, puis bégaya :

- Qu … Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? Tu as perdu la raison ?

Le Chasseur de Démons baissa la tête et soupira, l’air accablé par le poids de la dure réalité. Les visages des Elfes autour de lui n’exprimaient qu’inquiétude et doute. L’explication terrible qu’il allait leur donner ne leur ferait aucun bien.

- Je ne pense pas avoir perdu la raison. Et j’ai bien peur de ne dire rien de moins que la vérité. L’Arbre Monde a été détruit, c’est la cause de notre souffrance, et …

- Comment ? s’exclamèrent une vingtaine de Druides en même temps, l’Arbre Monde a été détruit ? Mais par qui ?

Dilemme. Fallait-il leur avouer que c’était lui, le destructeur de l’Arbre ? Ou alors devait-il leur mentir et prétendre que c’était l’Eredar qui l’avait détruit ?

- Eh bien, en fait …

Il s’apprêtait à leur dire qu’il était le seul responsable, quand il se souvint de toutes les circonstances du drame.

- C’est moi. Les Démons que je pourchassais l’avaient corrompu, et lorsque j’ai anéanti leur chef, l’explosion fut telle qu’elle en détruisit l’Arbre Monde. L’Eredar tentait d’en absorber le pouvoir, exactement comme le fit Archimonde. J’ai réussi à l’en empêcher, mais maintenant, si on ne replante pas vite un autre Arbre, notre monde est perdu.

- Mais qui le peut, gémit Jumanok, qui a le pouvoir d’une telle chose ?

- J’ai confié cette tâche à Furion Stormrage. J’espère qu’il saura accomplir cette mission.

- Si il n’y arrive pas, laissa tomber un des Druides, personne ne le pourra.

- J’en ai bien peur, fit tristement Kanilova.

- Mais tu ne nous as toujours pas expliqué cette histoire de destin scellé, et de sacrifice, reprit Jumanok en fronçant les sourcils.

- Ah oui, j’allais oublier, se remémora le Chasseur de Démons, en fait …

Il sentit tous ces regards fixés sur lui, tous ces esprits qui réclamaient une explication.

- Les Démons ont utilisé un artefact de leur création, une pierre maléfique qui contient une partie de tous les esprits de la Légion Ardente. Je crois qu’après l’avoir envoyée dans notre monde, elle leur a permis de téléporter certains Démons et ce sont ces Démons que nous avons combattu, mon vieil ami Haeglor, près de l’Arbre Monde corrompu par l’Eredar. Après avoir retrouvé l’Amulette qu’ils nous avaient volée, j’ai puisé dans ses formidables réserves d’énergie et j’ai anéanti l’Eredar. L’explosion a détruit l’Arbre Monde, et le Puit d’Eternité tout entier. J’ai survécu, mais l’Amulette a disparu après l’incroyable déflagration.

Il hésita à raconter le dialogue qu’il avait eu avec Elune et Cenarius. Une partie de lui aurait voulu en parler avec les Druides, et une autre part de son être préférait emporter ce secret dans la tombe. Finalement, il continua son récit comme si de rien n’était. Au diable la franchise, il avait parfaitement le droit de ne pas tout dire, après avoir vécu ces péripéties, non ?

- Après la destruction du Puit, j’ai trouvé cette pierre, et je suis on ne peut plus certain que c’est grâce à elle que les Démons ont failli réussir à revenir. A présent, il faut la détruire ou la Légion Ardente reviendra dans notre dimension et l’anéantira. Je sais comment je dois faire, et malheureusement je n’y survivrai pas.

- Qu’est-ce que tu as en tête, balbutia Jumanok.

- Mon esprit doit entrer dans cette pierre et y combattre les âmes des Démons qui s’y trouvent. Ainsi, tout lien entre notre monde et celui de la Légion sera coupé, et si Furion Stormrage parvient à replanter un autre Arbre Monde, alors il y aura de sérieuses chances pour que l’on s’en sorte.

- Mais comment peux-tu entrer dans une pierre, interrogea un des Druides, comment est-ce qu’un esprit peux pénétrer une substance aussi profondément démoniaque que celle-ci ?

Kanilova esquissa un sourire.

- Cette fois encore, les sorciers, magiciens et druides des Orcs, Humains et Elfes de la Nuit devront s’associer pour cela. Les prêtres et les shamans ont bien réussi à exorciser l’âme de Grom Hellscream du joug du puissant Manoroth, non ? Cette fois-ci leurs pouvoirs combinés me permettront de pénétrer dans la pierre elle-même et de détruire son essence. Et je pense que l’aide de nos Druides ne sera pas de trop …

- Kanilova, lâcha Jumanok d’un air accablé, comment veux-tu réunir autant d’entités aux pouvoirs magique ? Le temps presse, et nos trois races sont trop dispersées pour pouvoir faire ce que tu voudrais !

Le sourire qu’avait esquissé le Chasseur de Démons s’élargit.

- Quand on veut, on peut, non ?
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MessageSujet: Re: Combat éternel   Mar 24 Juin - 18:39

Chapitre 35 : Le corps et la pierre

- Ah oui ? Alors comment comptes-tu faire ?

En réalité, le Chasseur de Démons n’en avait aucune idée. Pour ne pas perdre la face et ne pas briser l’espoir qu’il venait de faire naître, il continuait d’arborer un sourire confiant. Cependant, les Druides n’allaient pas s’en tenir à ce simple silence :

- Bon alors, c’est quoi le plan ?

- C’est vrai, par quel moyen comptes-tu accomplir cela ?

Kanilova réfléchit à toute vitesse. En un éclair il se remémora toutes les fois où il avait parcouru de longues distances … Sur le bateau de Ksarrow … Après ? Il se souvint d’une bonne performance nocturne qui s’était achevée par un choc violent et très douloureux … Quoi d’autre ?

La foudre, le toit qui explose … Oui … Là était la solution … Et puis, après tout, ou on ne payait pas et on avait une chance de s’en sortir, ou on s’encombrait avec des problèmes d’argent pour éteindre la dernière lueur d’espoir …

- Les parchemins de portail de ville … Nous devons les utiliser afin de réunir nos magiciens.

- Comment cela ?

Maintenant que le Chasseur de Démons tenait son idée, il n’allait plus la lâcher.

- C’est simple. Certains d’entre nous doivent se munir de deux parchemins de portail de ville, et se téléporter à Theramore, et à Orgrimmar. Une fois là-bas, ils devront convaincre un maximum de magiciens de nous venir en aide. Ca ne sera pas facile, même pour une vingtaine de puissantes entités. Mais nous devons faire vite à présent. Le temps nous est compté.

Jumanok gémit à cet instant :

- Mais ça coûte horriblement cher, les parchemins de portail de ville !

Un sourire se dessina petit à petit sur les lèvres de Kanilova.

- Mais qui parle de payer ? On est sur le point d’empêcher les Démons de jamais revenir chez nous, et on parle encore d’acheter ce qui nous permettra de les sceller dans leur dimension infernale une bonne fois pour toute ?! Si vous n’avez pas assez pour les acheter, volez-les ! Allez !
Ces derniers mots claquèrent comme un ordre. La plupart des Druides s’élancèrent vers l’Ancien des Merveilles, les autres coururent en direction du village de Stonemaul. Il va sans dire que de nombreux, « travailleurs », « disciplinés » et « motivés » paysans trouvèrent la mort dans des circonstances aussi risibles qu’humiliantes … Par exemple, un dénommé « Thierry-Hugues Alain Pierre Jean-Marie » fut retrouvé ( dans la taverne, comme par hasard, on se demande ce qu’il pouvait bien y faire, à part fainéanter comme tous les paysans savent si bien le faire mais là je m’égare …) par la milice avec son verre de bière coincé dans la gorge pour des raisons plus ou moins mystérieuses … Une « enquête » fut « menée » par les « forces » de « l’ordre », mais sans succès …

Quoi qu’il en soit, les Druides revinrent bientôt, goguenards, avec tous au moins un parchemin de portail de ville dans la main. Kanilova était fier d’eux. Fier surtout de l’emprise qu’il pouvait avoir sur eux. Il ne se voyait pas comme leur chef, mais appréciait leur confiance, leur foi en lui. Avisant un Ancien de la Guerre, plus précisément le « trou » qu’il a au bout de chaque « bras », il sauta dedans et se tint sur le rebord de façon à ce que tous puissent le voir.

- Très bien. Je vous remercie pour votre foi en moi et pour votre dévouement. Je ne serais jamais arrivé à quoi que ce soit sans vous, et à présent vous m’accordez encore votre confiance … Jamais on ne pourra dire qu’une seule personne a su détruire le dernier moyen que les Démons auraient pu utiliser pour revenir sur notre Monde.

Une ovation et des poings levés accueillirent ce mini discours. A présent, il savait qu’il allait devoir former des groupes.

- Bon, maintenant, groupez-vous. Par affinité, sympathie, amitié, menace, chantage je ne veux pas le savoir … Et dépêchez-vous !

Ils obéirent immédiatement. Par groupe de deux, trois ou plus, après deux ou trois minutes ils étaient prêts, les yeux remplis de détermination.

- Bon, vous là, ordonna Kanilova en désignant le groupe de Jumanok, vous savez à quoi ressemble Theramore ?

Les Druides firent « non » de la tête.

- … Parfait … Vous savez au moins où cette cité se trouve ?

Les Druides refirent « non » de la tête.

- … De mieux en mieux …

Les Druides baissèrent la tête.

- ALLEZ CHERCHER UNE CARTE AU LIEU DE RESTER PLANTES LA !!!!

Les Druides obéirent piteusement le plus vite possible.

- Faut tout leur dire, franchement …

- C’est bon, on en a une, s’écria Jumanok en sortant d’un Ancien du Savoir, une carte du monde à la main.

- Bon, maintenant, vous vous concentrez uniquement sur ce point de la carte où il est marqué Theramore, et l’un de vous lit ce qui est marqué sur le parchemin. Les autres écartez-vous, ou alors vous allez vous voir gratifiés d’une visite touristique involontaire de Theramore.

Le groupe de Jumanok se plaça au centre de la clairière, et commença à exécuter les volontés d’un véritable héros. Lorsque les deux cercles magiques se rejoignirent pour disparaître dans le néant, Kanilova ne put s’empêcher d’éprouver de l’appréhension. Et si ils échouaient ? Si on les prenait pour des fous, si on ne les croyait pas ? Tout tomberait à l’eau …

Non, se jura-t-il en serrant le poing si fort que son bras en tremblait, je n’accepterai plus d’échec ! J’irai moi-même s’il le faut les ramener par la peau des fesses, mais pas question de faiblir et renoncer maintenant ! … Bonne chance, mon ami.

- Bon, maintenant, je m’adresse à vous, fit le Chasseur de Démons en montrant du doigt un autre groupe de Druides Ours, j’imagine que vous ne savez pas à quoi ressemble Orgrimmar ?

Les Druides firent « non » de la tête.

- Est-ce que vous savez où est la nouvelle patrie des Orcs ?

Les Druides refirent « non » de la tête.

- ALORS ALLEZ CHERCHER UNE CARTE VOUS AUSSI AVANT QUE JE NE M’ENERVE !!!

Les Druides coururent en chercher une. Deux minutes plus tard, une voix s’éleva d’un Ancien du Savoir :

- Heu, on n’en trouve pas, Kanilova …

Ce dernier prit son visage dans sa main, signe d’abattement profond et de dépit. En d’autres termes, mauvais signe pour les Druides.

- Dans ce cas, lâcha très calmement le Chasseur de Démons, je vous conseille fortement d’en trouver une dans des délais plutôt brefs, sinon je me verrais obligé de vous étriper intégralement et de vous vider le crâne dans les instants qui suivront, alors si j’étais vous, JE ME DEPECHERAIS DE TROUVER UNE CARTE !

Cet avertissement sembla décupler l’ardeur des Druides à en trouver une. Environ une minute plus tard ils avaient une carte à la main.

- Bien, fit un Kanilova un peu moins énervé, maintenant vous faites la même chose que vos camarades sauf que vous vous concentrez tous uniquement sur le point de la carte indiquant la position d’Orgrimmar. Est-ce clair ?

- Oui, répondirent-ils immédiatement.

- Parfait, alors allez-y.

Les Druides obéirent, et bientôt disparurent Pour tuer le temps avant que les groupes ne reviennent, le Chasseur de Démons se dirigea en direction de sa tente, sa chère tente. Cela faisait si longtemps qu’il n’y était pas entré qu’elle lui semblait maintenant appartenir à un autre monde, un monde plus jeune, plus beau, et moins souillé par la guerre et la haine.

Lorsqu’il pénétra dedans, il lui sembla que tout son fardeau pesait moins lourd sur ses épaules. Kanilova redécouvrit avec délice tel livre d’histoire humaine, tel planche, mais surtout son lit. Ce fut avec joie et un énorme soupir de soulagement qu’il se jeta sur le seul lit qu’au monde il considérait comme sien.

- C’est bien vous celui qu’on appelle Kanilova ?

La voix rocailleuse qui avait prononcé ces mots réveilla le Chasseur de Démons qui sursauta. Il n’aurait jamais pensé pouvoir s’endormir aussi vite …

- Hein, bâilla ce dernier, euh oui c’est moi.

Il se leva pour saluer son visiteur. Un sourire s’esquissa sur son visage alors qu’il serrait la main verte du chef de la Horde, Thrall.

- Alors comme ça vous croyez pouvoir couper tout lien entre notre monde et celui des Démons, fit l’Orc en fronçant les sourcils.

Kanilova hésita un instant, puis répondit :

- Oui. Je suis totalement sûr de moi.

Thrall le regarda fixement, le toisa presque.

- J’espère pour vous … Vos Druides m’ont dit que vous alliez également chercher des magiciens humains, c’est bien cela ?

- Exact. Je pense que nos trois races ne seront pas de trop pour ce qui m’… euh nous attend.

- Bon, dans ce cas attendons. Jusqu’à ce que les vôtres reviennent, je vais parler à mes hommes.

Le Chasseur de Démons suivit son interlocuteur au dehors, et constata avec soulagement que ce dernier avait amené avec lui une dizaine de Chamans et un ou deux Sorciers Docteurs.

- Je n’ai pas pu réunir plus de Docteurs, murmura Thrall, les Trolls sont très occupés en ce moment à bâtir, tout comme nous, une nouvelle patrie.

- J’espère au moins que je ne perturbe pas vos projet, au moins, s’inquiéta Kanilova.

Le Chef de la Horde eut un rictus.

- Du moment que c’est pour le bien de tous, et que ça marche, tout va bien …

Le Chasseur de Démons eut un peu de mal à déglutir.

Thrall s’avança devant ceux qu’il avait pris avec lui, et commença ainsi :

- Ecoutez-moi tous !

Les Chamans se tournèrent vers lui, et les Docteurs arrêtèrent de faire du vaudou sur une de leur balise.

- Aujourd’hui est sans doute le jour où se décidera le sort de toute forme vivante qui viendra après nous. Je dis après nous car il est possible que nous, nous ne survivions pas. Pourquoi ? Vous le sentez tous au fond de vous. Cette douleur qui vous étreint le cœur déjà depuis un certain temps, elle vient de l’Arbre Monde. Ou plutôt de son absence, parce que ce dernier a été détruit.

Les Chamans serrèrent les dents, les Docteurs se regardèrent, l’air à la fois étonnés et anxieux.

- Oui, mes amis, IL n’est plus. Mais sa destruction n’a pas été vaine : en effet il était déjà corrompu par un Démon de la même trempe qu’Archimonde !

A ce seul nom tous tremblèrent. Personne n’était près d’oublier ce puissant Démon qui avait failli annihiler Azeroth.

- Le Chasseur de Démons Kanilova nous affirme qu’il a chargé quelqu’un de confiance d’en avertir Furion Stormrage. Il pense que ce dernier est capable de replanter un nouvel Arbre Monde.

Un seul et même soupir de soulagement s’échappa des gorges des sorciers de Thrall.

- Cependant, même si nous arrivons à replanter un Arbre Monde, les générations futures ne seront pas sauvées. Et ce, à cause d’ennemis qui nous sont bien familiers : je veux parler de la Légion Ardente !

La stupeur et l’incompréhension se lisait sur chaque visage orque ou troll.

- Mais pourtant, fit une voix mal assurée, elle a été vaincue, non ? Vous voulez dire que toutes nos batailles, toutes nos pertes et toutes nos souffrances contre les Démons ont été vaines ??

Le Chef de la Horde eut un rictus.

- Cela dépendra de vous tous. Le Chasseur de Démons Kanilova a trouvé une pierre noire après sa victoire contre l’Eredar responsable de la corruption de l’Arbre Monde. Et il pense que c’est grâce à elle que quelques Démons ont pu pénétrer dans notre monde, car selon lui, elle contiendrait une partie de l’esprit de tous les Démons. Mais cette pierre est apparemment indestructible, par conséquent le Chasseur de Démons Kanilova a décidé d’envoyer son esprit à l’intérieur de la pierre pour y combattre les parcelles d’esprits des Démons. De cette manière, tout lien entre notre dimension et la leur sera à jamais détruit.

Thrall observa ses sorciers. Pas un ne semblait remettre en doute ce qu’il disait. Parfait. Ce qu’il allait dire était encore plus incroyable.

- Et c’est pourquoi ce brave Elfe de la Nuit a besoin de notre aide, et de celle des Humains : tous nos pouvoirs magiques seront nécessaires pour transférer son esprit de son corps vers la pierre démoniaque. Y-a-t-il ici quelqu’un qui ne souhaite pas participer à cette action héroïque ?

Personne ne se manifesta, si ce n’est un groupe de Druide Ours accompagné d’un bon nombre de prêtres et de sorcières humains. Parmi eux était Jaina Proudmoore.

-Nous avons déjà pris part à une guerre contre la Légion Ardente, et nous la croyions terminée, fit cette dernière en regardant le Chasseur de Démons. Cependant, il semble que nous ayons encore un travail à terminer.

- Exact, approuva Kanilova. Je vous remercie d’avoir répondu à mon appel, Jaina Proudmoore. Mes h… amis vous ont-ils expliqué la situation ?

- Absolument, répondit la Sorcière. Et nous ferons tous tout notre possible pour en finir une bonne fois pour toute avec ces satanés Démons !!

- Heureux que vos dispositions n’aient pas changé, Jaina. Vous êtes la seule Humaine à laquelle je fasse vraiment confiance, souffla Thrall.

Son interlocutrice se tourna vers lui en souriant, et répondit :

- Vous savez bien que je n’aurais jamais abandonné cette guerre, Thrall. Je ne me serais jamais pardonné un relâchement quelconque, surtout à présent que nous sommes si près du but !

Pendant ce temps, le Chasseur de Démons paraissait en proie à un insupportable dilemme. Ses poings se serraient, son corps tremblait, jusqu’à ce qu’il prenne une décision. Il s’avança vers Jaina et Thrall, et leur dit précipitamment :

- Maintenant si vous le voulez bien commencez à vous préparer moi je dois encore régler quelque chose mais ça ne sera pas long je peux vous l’assurer je reviens aussi vite que je peux.

La Sorcière et le Chef Orc se regardèrent un instant, mais avant qu’ils aient pu dire quoi que ce soit, Kanilova s’était retourné et avait sifflé une série de note très aiguës. Un cri rauque et tout aussi aigu lui répondit, et quelques instants plus tard, un Hippogriffe atterrissait juste à côté du Chasseur de Démons.

- Un instant, Chasseur de Démons, s’écria Jaina, où comptes-tu aller ?

- Je vous jure que je serai de retour aussi vite que possible, gémit presque Kanilova en montant sur le dos de sa monture.

Sur ce, il s’envola, et prit la direction que son cœur aspirait depuis si longtemps à suivre.

Dans les airs, il ne cessa de presser des talons les flancs de l’Hippogriffe pour aller plus vite, pas tellement pour tenir sa promesse auprès de Jaina et Thrall, mais pour enfin donner libre court à la flamme qui brûlait dans son esprit.

Lorsqu’il arriva à destination, l’émotion fut telle qu’il faillit tomber. Cependant il parvint à se contrôler, et à atterrir sans encombre devant la demeure de celle qu’il aimait. Aussitôt à terre, il bondit en direction de la porte si vite que les deux gardes n’eurent pas le temps de réagir. Il entra en coup de vent et referma la porte si violemment que … les gardes en furent assommés.

Après avoir grimpé les escaliers comme si le Diable était derrière lui, il arriva devant la porte qu’il aurait voulu franchir à nouveau depuis …

La main tremblante, il trouva la poignée en tâtonnant, et l’ouvrit en ressentant un accomplissement qu’il n’avait jamais connu auparavant. Apparemment il avait fait trop de bruit, puisque quelqu’un se trouvait derrière la porte.

Les deux amants se regardèrent, chacun n’arrivant pas à en croire ses yeux.

- Tu … tu es revenu, balbutia Celebel.

Un sourire serein éclaira le visage du Chasseur de Démons. Il posa doucement son index sur les lèvres de sa bien-aimée, qu’il poussa légèrement avant de l’embrasser.

Toutes les souffrances, tout le temps passé loin l’un de l’autre, chaque moment de doute … Rien de tout ça n’eut plus d’importance après la retrouvaille. Enfin, ils pouvaient tous les deux laisser déborder ce flot de sentiments qu’ils avaient dû refouler trop longtemps, et ils s’aimèrent langoureusement, avec passion.

Cependant, le devoir appelait toujours, et, se souvenant que sa tâche était loin d’être accomplie, avec un dégoût profond, Kanilova entreprit de raconter tout ce qu’il avait vécu, ainsi que ce qui l’attendait.

Celebel l’écouta attentivement tout au long de son récit. Pas une fois elle ne manifesta de peur, ou quoi que ce soit d’autre. Son beau visage, qui n’avait pas changé, sinon qu’il était devenu encore plus beau qu’avant, n’exprimait qu’une résolution non pas faible et inspirée par la peur, mais courageuse et venant d’une grande force de caractère.

A la fin, elle déclara en baissant la tête :

- Mon amour, jusqu’ici je t’ai toujours cru, j’ai eu raison de le faire, et il n’est pas question pour moi de ne plus le faire. Je te remercie pour toi ce que tu as fait, tout ce que tu m’as fait, et tout ce que nous avons vécu ensemble. J’espérais que tu reviennes en vie, et que nous puissions vivre une vie normale, ensemble, pour toujours. Mais le Destin en a décidé autrement …

Elle poussa quelque chose qui ressemblait à un soupir et qui s’acheva en sanglot.

- Allons, mon amour, ne pleure donc pas, implora presque le Chasseur de Démons. Je te jure que si je pouvais faire autrement que de mourir pour sauver ce monde, je le ferais, bien évidemment. Mais je ne peux pas tout laisser tomber, plus maintenant.

La Prêtresse de la Lune releva la tête en esquissant un pâle sourire.

- Bien sûr, je comprends … Je ne t’en veux pas, tu sais … Je suis heureuse que tu sois revenu me voir avant … avant la fin.
Son amant répondit en soupirant :

- C’est moi qui te remercie de m’avoir attendu aussi longtemps, sans désespérer et en gardant ton amour pour moi tout aussi fort. Mais il est temps pour moi de te dire adieu maintenant, ajouta-t-il en se levant, à moins que tu ne te sentes la force de m’accompagner pour voir ma mort …

Celebel se leva également en répliquant :

- Je serai avec toi jusqu’au dernier instant, mon amour. Je viens avec toi, murmura-t-elle en s’approchant de son amant pour l’embrasser tendrement.

Ils repartirent donc, sur l’Hippogriffe de Kanilova, vers le Camp des Druides. Ils ne se dirent rien pendant le trajet. Cœur lourd et oppressé, ou amour bien trop fort pour avoir besoin de se faire comprendre par des sens ?

Quoiqu’il en soit, lorsque la monture elfique se posa dans la clairière, les deux Elfes de la Nuit purent se rendre compte que ni Druides, ni Chamans, ni Sorciers, ni Prêtres, ni Sorcière n’avaient chômé.

Au centre d’un grand espace se trouvaient quatre balises vaudous, et entre chacune d’elles il y avaient trois stèles en pierre gravées de runes orques. Autour, des symboles représentant la Lune étaient inscrits dans le sol, chacun d’entre eux montrant la Lune à différentes périodes du mois. Enfin, un énorme cercle d’invocation semblait émettre une lueur bleuâtre de ses nombreux signes mystiques.

Jaina et Thrall s’approchèrent du Chasseur de Démons et de la Prêtresse de la Lune. On aurait dit qu’ils voulaient dire quelque chose, mais, ce quelque chose étant plus ou moins inutile, il se turent. Celebel suivait son amant, croisant le regard étonné de chaque être présent. Aucun d’entre eux n’avait encore imaginé une si belle créature que cette Elfe de la Nuit. Chaque mâle, orque, humain ou elfe se sentait subjugué par la beauté de la Prêtresse.

Nul besoin de poser des questions au sujet de cette Elfe que Kanilova avait ramenée. Ce dernier s’avança donc, lentement, regardant droit devant lui, vers le centre du cercle et son Destin. Alors qu’il sentait tous les regards sur lui, surtout celui de Celebel, il sortit la pierre de sa poche, s’assit en tailleur, et la tint dans ses deux mains.

La tension était palpable dans cette clairière où les futurs se croisaient. Les magiciens prirent place avec un certain zèle, mais aussi avec l’angoisse de ne pas réussir. Et si cela ne marchait pas, si tout leurs efforts ne parvenaient pas à transférer l’esprit du Chasseur de Démons dans la pierre ? Ou pire, si il s’égarait quelque part dans le vide ? Le temps pourtant manquait pour répondre à ces questions que chacun tentait de chasser de son esprit. Une fois que les entités magique de tout Azeroth furent placées autour du dernier cercle mystique, tout ce qui paraissait scintiller, que ce fût balise, croissant de Lune, ou signe des arcanes, se mit à rayonner intensément.

- Bien, fit Thrall après s’être raclé la gorge, nous allons pouvoir commencer à présent …

- Attendez !!!

La Prêtresse de la Lune s’était élancée en criant ce mot vers son Kanilova. Elle n’aurait pas pu vivre sans de véritables adieux, sans un dernier baiser. Celebel se jeta ainsi devant le Chasseur de Démons ; son visage n’exprimait rien d’autre qu’un amour beaucoup plus grand que ce que le cœur humain peut imaginer éprouver. Une larme perlait lentement le long de sa joue alors qu’elle articula :

- Nos destins … Se séparent ici, mon amour.

- Ne t’inquiète pas, répondit Kanilova d’une voix rauque, nous nous retrouverons tous les deux aux côtés de la Déesse. Adieu, Celebel. Tu sais combien mon amour est fort pour toi.

- Oui, je le sais. J’aurais tellement souhaité pour nous deux une vie normale, mais je comprends pourquoi tu dois faire … ça. Au revoir, Kanilova. Je t’aime.

Sur ce, elle embrassa pour la dernière fois l’être qu’elle chérissait le plus au monde. Il n’y avait jamais eu, et il n’y aurait jamais dans le monde entier d’adieux amoureux aussi intenses, aussi passionnés, aussi langoureux. Ce baiser fut le dernier, et si il n’avait pas eu lieu dans de telles circonstances, il aurait certainement été le meilleur, bien qu’il le fût tout de même, d’une certaine manière.

Tous se reculèrent, à l’exception de Celebel. Les lumières s’intensifièrent, et, comme régies par des métronomes invisibles, les voix des magiciens s’élevèrent, graves et lentes …

Ce que les mots qui volaient dans les airs signifiaient, plus personne ne s’en est souvenu, et d’ailleurs personne ne le savait Pendant ce temps, deux larmes coulaient lentement sur les joues de la Prêtresse de la Lune.

Le Chasseur de Démons se sentait mollir. Apparemment le gigantesque sort de Transfert fonctionnait. Il lui semblait simplement avoir un énorme besoin de sommeil : peu à peu, son corps s’engourdissait, tout comme si son sang s’écoulait plus lentement dans tout son organisme. Sauf dans ses bras, puis ses avant-bras, et enfin ses mains. En fait, il sentait progressivement cette … lumière, cette … chose, cette … entité, cette … énergie, que l’on appelle parfois « esprit », « âme », ou encore « conscience » se concentrer progressivement dans ses mains, qui tenaient toujours fermement la pierre des Démons. Au fond de lui, Kanilova savait que si il l’avait voulu, sa seule volonté aurait brisé le sort, mais au lieu de se laisser résister comme son instinct le lui commandait, il se força à accepter le transfert.

La tension magique devenait extrêmement intense, à la limite du supportable. Il était clair que le rituel arrivait à son paroxysme. C’était le moment que Celebel attendait et redoutait. C’était le moment où tout allait se jouer. Et alors que la douleur causée par le manque d’Arbre Monde se stabilisait petit à petit, la concentration des Chamans, des Docteurs, de Thrall, leur Chef, des Prêtres, des Sorcières, de Jaina, leur leader, et des Druides Ours augmentait encore, tant que cela était possible.

C’est alors que les voix se turent, en même temps. Les voix rocailleuses, nasillardes, haut perchées ou graves s’éteignirent. Tous les cercles se rétrécirent vers le centre, en même temps que les signes mystiques se dirigèrent vers ce dernier. En atteignant Kanilova, les lumières disparurent après un dernier flash lumineux.

Tous, haletants, épuisés, anxieux, tournèrent leurs yeux vers le Chasseur de Démons, qui s’affaissa lentement vers l’arrière, en lâchant la pierre. Immédiatement, Celebel se précipita sur le corps désarticulé de son amant, tandis que Thrall et Jaina s’approchaient de la pierre, qu’ils examinèrent attentivement. Le chagrin de l’Elfe dépassait les larmes et les cris, les lamentations et la haine de la mort. C’était tout simplement une peine inimaginable. Elle enlaça l’enveloppe charnelle de celui qu’elle avait aimé, aussi tendrement que s’il avait pu sentir cette étreinte.

Le Chef des Orcs et la Sorcière ressentait tout le mal, la haine qui contenait la pierre, mais quelque chose était différent. C’était comme si ils étaient dans une pièce noire, et qu’on avait allumé une petite lumière blanche, blafarde, mais qui ne faiblissait pas. Au contraire, il leur paraissait que cette lumière grandissait dans les ténèbres. Et alors ils surent que tout ce pourquoi ils avaient combattu perdurerait.
Jaina annonça alors fièrement, quoique avec une note de regret dans la voix :

- Mes amis, aujourd’hui restera un jour de haut fait dans nos histoires. Une fois de plus nos races on travaillé ensemble, pour la sauvegarde de notre monde, et cela a porté ses fruits. C’est avec fierté et soulagement que vous annonce solennellement que nous sommes parvenus à transférer l’esprit du courageux Chasseur de Démons Kanilova dans la pierre !

Un énorme soupir de soulagement monta de la clairière. Le sort avait nécessité tellement d’énergie de concentration de la part de tous que chacun se sentait totalement vidé, physiquement et spirituellement. Et, chose qui ne s’était pas passée et ne se passerait pas souvent se produisit : des membres de races différentes, tant au niveau de l’apparence que de la culture et des connaissances se félicitaient les uns les autres. Cependant le manque causé par l’absence d’Arbre Monde perçait toujours les cœurs d’une douleur aiguë, qui s’était plus ou moins stabilisée depuis un moment, mais toujours bien présente.

Jumanok s’approcha de Thrall, qui tenait toujours la pierre dans ses mains.

- Serait-il possible qu’au bout d’un certain moment on puisse le ramener ? Je veux dire, est-ce qu’on ne pourrait pas transférer à nouveau son esprit vers son corps ?

Le Chef Orc se tourna vers le Druide Ours, et lâcha avec une certaine … tristesse :

- Je vous comprends, Elfe, mais j’ai peur que votre ami se soit engagé sur un chemin qui n’admet pas de retour …

- Que voulez-vous dire ?

- Eh bien, soupira Thrall, son corps est mort. Son cœur ne bat plus, ses organes ne fonctionnent plus. A partir de maintenant il n’est plus qu’une enveloppe vide, désolé de vous le dire ainsi. Mais c’est la vérité. Si nous essayions de ramener son esprit dans son corps, je pense que nous en serions capable, mais le résultat serait le même : le corps ne peut survivre sans l’esprit, et l’esprit ne peut pas survivre sans le corps, ou bien une enveloppe quelconque. Pour Kanilova, ne pas s’évanouir dans la pierre sera facile, car notre énergie l’accompagne, ainsi que, j’en suis sûr, les bénédictions de vos dieux. Par contre, il lui serait absolument impossible de faire remarcher tout son corps. Il pourrait résister et réintégrer son enveloppe charnelle pour quelques secondes, mais pas plus. Après il … partirait pour de bon. Je pense donc qu’il vaut le laisser agir et éliminer la menace démoniaque, et ensuite il partira se reposer dans votre Paradis, car c’est son Destin.

Les groupes d’Humains/Elfes, d’Orcs/Trolls et d’Elfes de la Nuit préparèrent leurs affaires, et firent leurs adieux. Thrall quitta Jaina avec la promesse de toujours la trouver comme alliée en cas de retour du mal. Les membres de l’Alliance prirent la route du bourg le plus proche, et la Horde s’engagea sur la route de la mer, en espérant y trouver des Gobelins prêts à … céder leurs navires au plus bas « prix ».

Avant de partir, Jaina remit la pierre à la Prêtresse de la Lune avec ces mots : « Je crois que cela doit vous revenir : ainsi votre amour sera jusqu’à la fin auprès de vous. ». Celebel accepta et remercia la Sorcière. Les deux femmes s’étreignirent aux moment des adieux, l’une parce qu’elle avait plus que jamais besoin de se raccrocher à quelque chose, et l’autre parce qu’elle imaginait les souffrances de l’Elfe. La Prêtresse quitta donc Jaina en bonne amitié, et remercia encore les Druides, les Sorciers/ères, les Prêtres, et les Chamans avant de monter sur l’Hippogriffe que son amant avait appelé, pour retourner vers sa cité, le cœur débordant de peine.
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MessageSujet: Re: Combat éternel   Lun 30 Juin - 20:24

Epilogue

Des mois plus tard, Azeroth portait toujours les cicatrices des combats. Les forêts des Elfes de la Nuit à régénérer avaient vu leur nombre augmenté, de nombreux lieux avaient été sérieusement endommagés, tel le Mont Hyjal. Des villes avaient été complètement détruites, des êtres corrompus ou massacrés …

Cependant l’avenir était moins sombre qu’il aurait facilement pu l’être. Partout à travers le monde, chaque race rebâtissait lentement ce qui avait été détruit : les Elfes de la Nuit purifiaient lentement mais sûrement les bois sacrés, si chers à leurs cœurs, les Orcs poursuivaient leur établissement à Durotar, et les Humains reconstruisaient leurs cités autrefois si glorieuses. Et, par chance, l’Archidruide Furion Stormrage avait reçu le message de Kanilova porté par la Dryade ; finalement, après beaucoup d’hésitation, une île au large de Kalimdor, au nord, fut choisie pour y planter le nouvel Arbre Monde. Grâce à l’aide d’un très grand nombre de Gardiens du Bosquet, de Dryades et de Druides Ours, le plus puissant des Druides parvint à invoquer l’Esprit de la Terre. C’est ce dernier qui accorda à Azeroth un second Arbre Monde, qui reçut le nom de Teldrassil.

Immédiatement, dès que le jeune Arbre eût poussé (c’est à dire pris une bonne centaine de mètres …), les créatures vivantes du monde entier ressentirent un renouveau, un soulagement inimaginables. Toute douleur au cœur avait disparu, toute angoisse pour l’avenir s’était envolée.. Tout un chacun se sentait alors prêt à accomplir des merveilles, tout un chacun se sentait l’âme d’un héros.

Et pendant ce temps, dans la cité d’Ortuhl, loin du monde et des conflits, un petit être était né. Sa mère, heureuse, se jura d’en faire l’image de son père. C’était la première fois depuis longtemps qu’on la voyait aussi détendue. Après l’accouchement, elle remonta dans sa chambre, tenant son bébé contre elle. Après avoir touché la pierre, qui depuis bien longtemps été devenue complètement inerte, la Prêtresse de la Lune s’allongea sur son lit, le regard dans le vague. Au fond d’elle, quelque chose lui disait que celui qui avait été son amant dans ce monde la regardait et la protégeait, de l’endroit où il était, aux côtés d’Elune et de Cenarius.

En effet, après ses innombrables combats qu’il avait remportés sans grande difficulté ( en partie grâce à la Déesse de la Nuit qui le guérissait de ses blessures ), après avoir accompli ces hauts faits, enfin, on accorda à l’âme de Kanilova le repos éternel, dans le paradis des Elfes de la Nuit. A la destruction de la dernière parcelle d’âme démoniaque, la tâche du Chasseur de Démons étant terminée, ses esprit disparut du monde physique et spirituel des vivants. Arrivé dans le paradis, il put enfin retrouver avec émotion son ami Haeglor, tombé sous la puissance de l’Eredar responsable de la corruption de l’Arbre Monde.

Les choses n’allaient pas bien, certes, la menace des morts-vivants planait toujours, cependant cette nouvelle victoire devait en appeler d’autres, et malgré la force impie des Damnés, les habitants d’Azeroth continueraient de combattre jusqu’à la dernière bataille, où soit il tomberaient, avec l’espoir de paix, soit ils vaincraient, apportant enfin au monde la paix dont il avait besoin pour guérir ses blessures. Ces combats, cette lutte infinie pour la liberté et la paix, malheureusement, sont une autre histoire que celle-ci, qui est terminée…
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