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 Il n'est nuls espoirs dans le silence

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Guibeldou

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Messages : 56
Date d'inscription : 18/05/2013

MessageSujet: Il n'est nuls espoirs dans le silence   Mar 4 Nov - 22:24

Inspirée de l'univers de Terremer créée par Ursula Leguin.



-On ne devrait pas être ici, Surdïn.. Cette terre est vouée et abandonnée à l'autre monde. Nous bafouons l’Équilibre par notre seule présence..

-L'Archimage a bien réussi, lui. Et les Tombeaux d'Atouan sont toujours aussi noir et sombres. Je suppose donc qu'on peut être ici sans perturber tout.. Et je dois récupérer ces reliques. C'est capital.

-L'Epervier l'a dit, aucune relique ne vaut qu'on sacrifie sa vie.

L'homme de tête agita la main avec impatience, irrité. Des chuchotements qu'ils échangeaient dans la plus grande et craintive discrétion, il passa a une exclamation agacée :

-Ca suffit Laërte ! L'Archimage était prêts à mourir pour retrouver le fragment d'anneau, et s'il s'en est sorti c'est parce qu'il a été trouvé par l'Arha ! Nous sommes tout les deux des disciples de son savoir, et nous sommes ensemble, nous ne mourront pas, nous suivrons la voie du Maître de Roke !

Il se retourna, et sous son capuchon on pouvait deviner deux yeux gris suffisamment en colère pour que son compagnon hoche piteusement la tête et suive le mouvement.
Les Tombeaux d'Atouan.. Un labyrinthe sombre dont les secrets n'ont été entièrement connus que par les maîtres embaumeurs de jadis, qui reposent aujourd'hui en ce lieu. Jamais la lumière n'y a pénétré, pas plus que l'espoir. Seul les dévorés y prospèrent, sous l'oeil malveillant et calme des Innommables.
De la pierre, dure, froide.. Des portes de bois humides mais jamais pourries.. Une place conçue pour mourir éternellement, arrachée au domaine des vivants par la main des hommes pour devenir le sanctuaire des morts.
Erreth-Akbe lui-même y avait trouvé la défaite. Jamais personne n'en était sorti, sinon Epervier, l'actuel Archimage, et au gré de monumentaux efforts. Laërte et Surdïn quant à eux étaient deux mages, étoiles de Roke. Deux âmes qui avançaient au gris d'une lumière grise et pure issue du bâton d'if du mage de tête. Calculateur, il comptait les couloirs, les angles.. Le plan était net dans sa tête. Et alors même qu'il semblait capable de s'occuper de ça d'une traite, il s'arrêta.

-On va faire une pause.

-Mais..

-Il faut qu'on parle, Surdïn. Ecoute.. Ce disant, il s'était assis contre un mur en soupirant, s'épongeant le front. Il murmura pour lui même une petite minute, laissant sa main se balader de gauche à droite devant son collègue qui l'écoutait faire. Voilà, on sera au calme à présent.. Surdïn, je suis désolé pour tout à l'heure.. Mais ces tombeaux sont usant.. Et je ne veux pas te perdre. La moindre faiblesse est à craindre ici. Les Innommables n'ont de prises sur nous que celles qu'on leur donne. Nous ne croyons pas en leurs toute puissance, ils n'ont pas libre accès à nos esprits.. Mais chacune des émotions négatives, tout ce qui en nous vient de leurs monde.. Si nous ne contrôlons pas ces aspects de nos êtres, alors ils seront autant de portails par lesquels ils pourront nous atteindre.

-Mais, nos sorts..

-Ne crois pas qu'on puisse duper les Tenebreux. Ils sont en sommeil, les toiles que j'ai tissé les rendent somnolent.. Mais ils ont conscience de notre présence.. Et plus tu auras peur, plus ils te sentiront..

-Très bien.. Je suppose que si je suis là, c'est parce que tu es sur que j'en suis capable, pas vrai ?


Laërte posa sa main sur l'épaule de son confrère en souriant. Un bref regard.. Il savait que c'était ce contact, ce genre d'interaction qui avait sauvé Epervier.. Et la raison pour laquelle son compagnon était si important, en dehors de l'affection qu'il avait pour celui avec qui il avait tout appris à Roke.

-Oui. Tout ce que tu as à faire, c'est ignorer ces murmures incessant et suivre la lumière. Si tu fais abstraction du reste, les Tenebreux n'auront pas d'emprises.

-Les murmures.. ?


Laërte se mit à rire : Par toutes les runes.. Mon vieux Surdïn, tu es tellement innocent et resplendissant de bonnes choses que tu ne dois pas les entendre.. Tu rayonnes, même au fin fond de ces tombeaux !

Les deux mages partagèrent un rire franc avant de se lever. Et de continuer. Il n'y avait que cela à faire. J'aurai pu dire que les heures, ou que les jours passèrent.. Mais dans le silence des tombeaux, et dans leurs obscurité permanente, la première chose que l'on perdait était la notion du temps.
Ensuite, lentement, c'était celle du goût. Lentement, le pain qui était parfaitement conservé fut jugé comme rassis.. Et petit à petit, il prit le goût de la cendre sans même qu'on en ait conscience. C'était infect, mais il fallait bien manger.. Même l'eau semblait discrètement croupir au fond des gourdes.. Bien que cela ne fut pas l'objet principal de leurs préoccupation, Surdïn se plaignait à chaque repas. Laërte avait d'abord tenté d'objecter, mais au vu des migraines et des débat improductifs qui résultaient, il laissait son compagnon gémir seul. Très seul.
Aussi, lorsque le méditatif camarade entendis des cris, il se contenta de se retourner, agacé, en grognant un « Moins fort ! », tâchant de se rendormir.. Il fallut qu'il discerne un seul mot, répété en boucle pour qu'il se lève. « Gebbet ! Gebbet ! » semblait-il hurler comme il le pouvait, d'une voix éteinte.

Et de fait.. Deux ombres sans formes s'accrochaient à Surdïn. Le bras resplendissant de lumière, le Mage cherchait de manière évidente à les repousser. Ses coudes et mains faisaient barrage à des griffes et des bras semblant faits de fumé. Plus les assauts portaient et déchiraient la chai rdu mage, plus les gebbet semblaient prendre forme humaine. Et plus Surdïn reculait, plus leur pouvoir grandissait. Les arts offensifs ou défensif de Laërte ne servirent qu'a freiner ce combat à l'issue prévisible

-Laërte ! Fais quelque chose !

Fut la dernière phrase compréhensible du mage assaillis avant qu'il ne finisse par pousser que des cri rauques de douleurs, face à son camarade. Lequel semblait.. Méditatif. Il avait cessé le combat.. Puis au bout de quelques secondes, il leva la main, ne prononçant que deux mots dans l'ancienne langue. Deux mots et les gebbets se tournèrent vers lui.. Laërte tenait dans sa main une orbe de lumière sombre, et le même éclat semblait exister à présent au cœur même des entités de fumé, comme s'il tenait dans sa main l'essence même de ses adversaires.. Et sans hésitation, quoiqu'avec difficulté, il ferma le poing, brisant cette obscure clarté. Oh, les gebbet ne furent ni détruits ni tués.. Il s'en retournèrent, s'effondrant sur eux même, dans le monde d’où ils venaient. Laërte se précipitât vers son associé, gisant au sol.

-Surdïn ?! Surdïn, tu m'entends ? Reste avec moi ! Ma voix ! Suis ma voix !

De fait, le mage semblait ailleurs. Son souffle était infime, et le long de son bras, jusqu'à l'épaule et la gorge, des lacérations fumantes le déchiraient. Des plaies à la fois béantes et blanches. Laërte incantait, de longues phrases dans l'ancienne langue des Dragons. Il s'était plus ou moins préparé à cela, et le Maître Herbier lui avait dis comment, jadis, il avait soigné l'Epervier de blessures similaires. Surdïn vivrait.. Plus son camarade insistait, plus les ténèbres s’éclairaient. Quelque seconde seulement pour un bien long voyage. Il n'ouvrit cependant les yeux que lorsque son sauveur prononça l'un des deux mots qui avaient rendues les gebbets vulnérables..

-Laërte... Laërte.. Tu connais... Mon nom ?

Chaque chose avait un nom, depuis que Segan avait nommé la première île, et connaître ce nom, c'était avoir un pouvoir sur la chose. Aussi les hommes gardaient secret ce nom.. Et seuls les puissants mages pouvaient voir suffisamment clair dans l'âme de quelqu'un pou deviner ce nom.

-Les gebbet, Surdïn.. Ce sont des puissances d'un monde d'Innommables.. Ils ne peuvent être appelés.. Mais lorsqu'ils se lient à quelqu'un pour leur faire du mal, alors ils prennent un peu de lui, lui ressemble.. Alors un mage peut les nommer.. Et si je les nomme, ils sont vulnérables. Et puis.. On se connaît depuis longtemps, tu croyais que je ne pouvais pas le deviner.. ? Allez, repose-toi..

-Eh.. Je suis.. Comme l'Archimage maintenant.. C'est un signe !


Il se mit à rire, ou du moins à éructer avec difficulté un rire, avant que sa tête ne tombe sur les genoux de son confrère. L'inconscience l'avait gagné, et le repos lui était à présent indispensable. Laërte l'installa donc sur leurs capes réunis, une couche de fortune, et veilla sur lui. Le murmure jamais ne cessait, ces incessantes paroles qu'il ne savait comprendre et qu'il n'écoutait plus depuis longtemps, bannies de son esprit. Surdïn était là, affalé et souffrant.. Que les Innommables aillent au diable, il se devait à un frère, il ne pouvait faillir. Il regardait le vide, maintenant sa lumière vive et ses toiles de sommeil actives. Mais ses yeux regardaient ailleurs. Il était loin, nageant seul dans un océan insondable.. Il réalisait qu'il n'était qu'à la surface, et qu'au fond résidaient les horreurs d'un monde que tous lui avaient toujours conseillés d’éviter, surtout l'Archimage, le seul à être sortis d'un tel affrontement vivant. Loin.. Si loin de cette réalité.. Dans un monde unique ou il devinait déjà la douleur.

-Laërte.. ? Eeeeh.. Laërte.. Tu es avec moi mon vieux ? Qui est-ce qui souffre ici, gros débile.. ?

Il tourna la tête, et fit un magnifique simulacre de sourire.

-Tu vas mieux ?

-Je me sens prêts à repartir. Pour le reste, tu sais très bien. Même l'Archimage n'a pas guéri de sa plaie.. Mais je ne veux pas avoir enduré ça pour rien.


Il se leva, vaillant homme. Ses plaies blanches tranchaient avec sa peau noire. Il était plus que blessé.. Il était marqué. Il s'appuyait sur son bâton, avec peine et volonté. Mais il marchait. A présent, les sombres couloirs d'Atouan étaient devenu une routine.. Ils n'étaient plus la surprise que l'on découvre avec peur.. Ils étaient leur environnement.. Que l'on ne peut vivre sans horreur. Et la progression dans cet endroit se faisait lentement, à présent, la hâte d'une mission « vite faite bien faite » n'était plus de mise. Il allait falloir rester.. Et peut-être même y rester.. Une lugubre et macabre routine qui se dessinait dans leur âme à grand coup d'effrois successifs.
Et ce jusqu'a ce qu'ils arrivent à un couloir abîmé, longtemps, bien longtemps après. Le premier à se distinguer des autres : il semblait être à moitié écroulé, bien qu'encore praticable. Visiblement, il avait été enfoncé depuis la surface par quelques gigantesques monolithes.

-Laërte... Epervier... Il a bien laissé éclater le tremblement de terre après être parti, oui.. ? Le centre des tombeaux.. Il aurait du être dans cet état.. ? On avait bien prévu qu'ils soient praticables.. Que les Tenebreux ne détruiraient pas leur Temple.. Mais.. Si tard.. ? Laërte ?

Son camarade était muet, comme frappé par la foudre, atterré. Il essayait de se souvenir.. Le plan.. Les nombres.. Il n'existait dans sa tête que les murmures incessant. Il était incapable de se concentrer.. Mortifié, il contemplait son erreur.

-On est perdu, pas vrai ?

-Non.. Non. Je.. Je me souviens de ce qu'a dis l'Archimage.. On s'approche. Je.. J'ai..

-Prend ton temps, Laërte.. Je vais me reposer en attendant..


L'indulgence de Surdïn fut sûrement le coup le plus dur.. Il voulait qu'il lui hurle dessus, qu'il s'indigne, qu'il crie que c'était sa faute.. Mais Surdïn avait bien changé.. Son doux caractère semblait être tout ce qu'il lui restait.. Il ne dormait plus.. Il ne mangeait presque pas.. Ses mots étaient un souffle d'agonie. Il lui semblait que son camarade avait cessé de luire, comme si la chandelle qu'il avait pu être avait été soufflée.. Il s'affaiblissait, et cette marque de gentillesse avait le poids de la confiance que l'homme portait en son camarade. Une confiance aveugle, il lui donnait sans hésiter sa vie.. Et lui, Laërte, si sur, si puissant.. Se demandait s'il n'était pas perdu. S'il ne trahissait pas cette confiance, unique marque de lumière ici-bas..
Il se mit en tailleur, luttant contre ce murmure agaçant pour retrouver ses esprits.. Il le devait, ou c'était la mort.  
D'un autre coté.. Les mages avaient cette capacité étonnante à se replier dans leurs esprits.. Et si la réflexion était vitale, l'indécision était un moyen de s'isoler dans un palais mental qui restait encore une île dans cet océan noir. Au final, les deux étaient seuls.. Dans un silence et une cécité qui n'en finissaient plus de distiller l'espoir.

-Laërte... ? Laërte... !

Le concerné cligna des yeux.. Il n'avait plus de certitudes.. Il n'en avait même pas cherché d'ailleurs. Il se sentait mieux.. Oui, une bien maigre petite consolation. Mais trouver une sortie ? Non. Il avait erré loin des Tombeaux, loin des murmures de mort... Et c'était le souffle douloureux de son compagnon qui l'avait tiré de cette méditation.

-Laërte.. Je les entends.. C'est.. C'est par mon nom qu'ils m'appellent à présent, Laërte. Je..

Il se crispa, dent serrées, comme s'il contenait en lui une vague intense de douleur, et une volonté qui n'était pas la sienne. La main qu'il tendait fut vite attrapée et serrée par son compagnon qui ne cessait de le rappeler à lui.. A son monde.

-Je ne veux pas devenir un gebbet, Laërte.. Mais.. Je ne suis pas fort comme toi. Si je m'accroche... Si je me bats.. Ils m'auront vivant.. Tu sais que cela ne doit pas arriver.. Tu sais que je ne peux pas laisser mon pouvoir aux Ténébreux.. C'était une erreur, Laërte, dès le début. Ils ont manipulé... Ton orgueil, et joué de ma faiblesse. Ils savent.. Ils ne sont pas puissants, Laërte.. Mais ils sont infatigables..

-Ne me laisse pas ici, Surdïn.. J'ai le pouvoir, mais c'est toi la lumière, ici.. Résiste.. C'était là plus une supplication qu'un message d'encouragement. Même Laërte ne  semblait plus y croire. La souffrance de son compagnon était palpable..


Surdïn s'agitait chaque seconde un peu plus, pris de spasme. Seule la main maintenue par son confrère restait stable. Il bredouillait, délirait.. Laërte aurait juré entendre de sa bouche les même murmures, presque religieux, que ceux qui l'obsédaient aux tréfonds de son esprit. Il le voyait lentement glisser et perdre pied.. Il devenait une ombre dans les ombres.. Les Tenebreux le nommaient, et il ne pouvait que répondre.
Ou s'affaisser.
Plus de bruits.. Plus de mouvement.. Plus de pouls. Un angoissant calme et silence. Laërte ne savait pas quoi attendre.. Un gebbet allait-il se relever ? Devrait-il affronter son propre frère d'arme ? Ces questions étaient autant de pierres jetée dans une abîme : elles disparaissaient lentement, laissant seulement l'angoisse d'un choc qu'on attend et qui ne vient jamais.

Puis Surdïn hurla, déchirant le silence. Son être tout entier se joignait à ce hurlement qui n'avait plus rien d'humain. Il se mit à trembler, les yeux révulsés. Il prit la main de son camarade et la serra à lui en faire mal. Il s'adressait clairement à lui, alors même qu'il ne semblait plus capable de le discerner.

-Dévoré ! Je suis dévoré ! Je suis dévoré, Laërte ! Tout est dévoré ! TOUT ! Tout entier.. Tout..

Ce dernier mot fut répété.. Avec toujours plus de temps entre chaque occurrence, et moins de force. Ce qui caractérise l'essence même de la vitalité semblait quitter Surdïn au rythme de ce mot.. Lorsque l'ultime échos de sa voix fut éteint.. Ses yeux blancs étaient morts. La main de Laëtre était pourtant catégorique : posée sur la gorge, elle sentait un pouls. Son ami était.. Vide. Ce qui avait jamais fait le gai mage était à présent partie intégrante des Ténébreux.. Assimilé, dévoré. Son affection allait à présent à une coquille vide qui n’émettait plus la moindre chaleur, la moindre force, ou la moindre lumière. Alors qu'il repensait à ses blagues, à son caractère de douillet ronchon, il comprenait qu'il n'avait pas été tué.. Mais détruit. Cette chose inerte qui respirait n'avait plus d'essence.. Pas plus qu'elle n'avait encore de nom. On ne caractérise pas le néant
Il avait tenu parole.. Cette destruction n'avait laissé aucune matière aux Ténébreux.. Rassasiés, certes, mais impuissants.
Puis le silence revint.. Prison de tristesse, le la d'une agonie.. La promesse d'un inconnu terrible.
To be continued... ?
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